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Chronique

Négos en douce

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Québec a conclu au cours des dernières semaines des ententes avec ses médecins, ses policiers, ses ingénieurs et ses juristes.

Les informations disponibles sont parcellaires, mais le gouvernement a puisé profondément dans ses goussets pour conclure ces ententes. Dans le cas des médecins, il a respecté son engagement de limiter à 6 % les hausses de salaire sur cinq ans, tout en allongeant 350 millions de dollars de primes pour les encourager à voir plus de patients.

Les paramètres de l'entente avec les policiers de la SQ ne sont pas connus, because elle n'a pas été soumise aux employés concernés.

L'entente avec les 900 juristes de l'État est publique et on constate que le gouvernement a défoncé indirectement le plafond salarial qu'il avait lui-même fixé. Les avocats et notaires à l'emploi de la fonction publique ont entériné le contrat de travail à 94 %. On les comprend, ils ont décroché le gros lot.

Selon les chiffres fournis par l'Association des juristes de l'État, les hausses de salaire seront de l'ordre de 17,9 % à certains échelons. Le salaire de ces professionnels varie de 44 000 $ à 102 000 $ actuellement. L'intégration des échelles salariales fera en sorte que certains iront chercher 15 000 $ en ajustements.

Mais ce n'est pas tout. Québec a accepté de verser 5 000 $ à ses juristes pour compenser le fait qu'il leur a imposé une loi spéciale fixant leurs conditions de travail. En retour, l'association renonce à ses recours contre le gouvernement et nettoie l'ardoise. Des poursuites avaient été entamées en Cour supérieure et devant la Commission des relations de travail pour négociation de mauvaise foi.

C'est bien la première fois qu'un gouvernement se punit lui-même pour avoir passé une loi spéciale. L'histoire du Québec est pourtant jalonnée de lois spéciales.

Me Marc Lavoie, président de l'association, a expliqué en entrevue que le Québec accusait un retard par rapport à la rémunération des avocats dans le privé et insisté sur la nécessité d'attirer les meilleurs éléments au public. Quant aux 5 000 $, plaide-t-il, il n'effacera pas le « traumatisme » causé par la rupture du lien de confiance entre le gouvernement et ses avocats.

Selon lui, c'est le Conseil du trésor qui a lancé les négociations en offrant au départ une enveloppe de 20 % d'améliorations à répartir sur cinq ans.

Il y a un double traitement dans le cas des avocats du gouvernement qui faisaient cause commune au début des négociations. L'Association des procureurs de la Couronne a été frappée par la loi spéciale sans qu'on lui offre pareil scénario. Sans minimiser le travail des juristes, les procureurs sont le fer de lance de la justice.

Frustrés, des procureurs ont quitté leurs fonctions ou refusé de faire partie de l'unité anticorruption, par exemple. Me Thomas Jacques, vice-président de cette association, note qu'en raison de la pénurie, les dossiers de crime contre la propriété sont « mis sur la pile ».

« On n'est pas une priorité », déplore-t-il.

Au Trésor, on explique que le 6 % tient toujours, mais que des enveloppes ont été réservées pour des « besoins spécifiques », en respectant « la capacité de payer des contribuables ». On aimerait y croire.

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