/homepage
Navigation
Chronique

Un ministre en cale sèche

Coup d'oeil sur cet article

Ça joue dur dans le monde maritime. Le ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Clément Gignac, a rabroué publiquement la pdg du Groupe maritime Verreault, Denise Verreault, qui a osé dénoncer le traitement de faveur consenti à la Davie.

Le ministre responsable de l'économie du Québec a révélé que le chantier des Méchins, en Gaspésie, est en défaut de paiement pour un prêt d'Investissement-Québec, accordé en 2002, même s'il est très profitable. Poussant plus loin le bouchon, il s'est demandé à voix haute si Denise Verreault ne cherchait pas un bouc émissaire dans le cas où elle mettrait la clé dans la porte de son chantier.

Il est inhabituel que le ministre de l'Économie varlope sur la place publique une entreprise et utilise pour ce faire des données financières internes. Investissement-Québec (ex-SGF) a volé à l'aide du ministre et a précisé que le Groupe Verreault accusait 43 mois de retard sur le remboursement du prêt en question. S'agit-il d'une information confidentielle ? Dans un premier temps, on a expliqué à Investissement-Québec que cette information est publique avant de nuancer, car, dit-on, il faut éviter de porter préjudice à une entreprise.

Concurrence déloyale

Denise Verreault a souventes fois dénoncé, et avec raison, la concurrence déloyale que lui livre le Québec en abreuvant de subventions et de prêts le chantier de Lauzon. En faillite depuis 16 mois, Davie a reçu in extremis un prêt de 18 millions de dollars qui lui a permis de se qualifier pour l'appel d'offres pour la construction de bateaux du gouvernement canadien. Tant mieux si cette tentative de sauvetage est la bonne et crée finalement de la richesse.

On ne compte plus les aides directes et indirectes qui ont permis de maintenir la Davie à flot, à même les fonds publics, depuis 15 ans, alors que l'entreprise était pillée par des intérêts étrangers. Le chantier est maintenant la propriété d'Upper Lakes qui fait affaire sur le lac Ontario.

Droit de réplique

En plus des millions pompés dans la Davie, le gouvernement Charest a tout récemment voté un décret accordant 150 millions de dollars pour la construction de deux traversiers. Pour y parvenir, le gouvernement a suspendu la procédure habituelle d'appel d'offres et les ententes sur le commerce interprovincial. Tout cela s'est fait discrètement, sans que le gouvernement sente le besoin de s'expliquer.

Quelques jours plus tard, les parlementaires ont été mobilisés sur le projet de loi 204, l'entente Ville de Québec-Quebecor sur la gestion de l'amphithéâtre, qui a pourtant traversé une mise en concurrence.

Le ministre Clément Gignac a tout à fait le droit de répliquer à Denise Verreault et à rétablir les faits s'il considère qu'ils ont été déformés ou qu'ils sont inexacts. Il devrait s'abstenir de soulever des doutes sur la santé financière d'une entreprise et nuire par le fait même à sa position concurrentielle. Faut-il comprendre que, dorénavant, on va museler les entrepreneurs qui élèvent la voix ou posent des questions?

Clément Gignac est ministre depuis peu, après s'être mouillé avec la Davie, il n'a pas intérêt à torpiller les autres chantiers maritimes.

Commentaires