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Chronique

Le flou du NPD

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Le retrait de Jack Layton de la scène politique a affaibli l'opposition à Ottawa. En collectionnant les cartes des partis politiques, la chef intérimaire, Nycole Turmel, nourrit les doutes sur son jugement.

Au Québec, la ligne est parfois mince entre un nationaliste et un souverainiste et plusieurs politiciens l'ont traversée. Dans le reste du Canada, on ne badine pas avec les convictions fédéralistes et la presse anglophone demande la tête de la députée de Hull-Aylmer. À l'époque de Lucien Bouchard, le Canada s'est accommodé d'une opposition souverainiste mais c'était circonstanciel. Le ROC se demande maintenant si le Bloc n'a pas fermé boutique le 2 mai pour se repartir sous une autre étiquette.

Difficile de comprendre en effet que Nycole Turmel ait pu adhérer à deux formations souverainistes, le Bloc, jusqu'en janvier dernier, au moment de se présenter pour le NPD, et à Québec solidaire, jusqu'à ces jours derniers. On a beau avoir le cœur à gauche, on peut difficilement concilier les positions centralisatrices du NPD avec celles de Gilles Duceppe. Sans les révélations de la presse, elle se trimbalerait toujours avec sa carte de QS. Quant à ses explications voulant qu'elle ne faisait qu'appuyer une amie en devenant bloquiste, cela n'explique pas ses contributions financières au fil des ans. Dorénavant, elle sera toujours suspecte quand elle défendra des positions du Québec, même si elles sont bien fondées.

Grâce à Jack Layton, Nycole Turmel dirige maintenant une formation politique de 102 députés, dont 59 Québécois sans expérience parlementaire (si on exclut Thomas Mulcair), incluant elle-même. C'est Layton qui fait élire tout ce beau monde mais les électeurs ne sont pas sûrs qui sera le chef de l'opposition à Ottawa durant les quatre prochaines années. Si sa santé ne permet pas à « Jack » de diriger le NPD, le parti devra se lancer dans une campagne au leadership qui, de par sa nature, suscitera des luttes intestines et laissera des cicatrices. L'aile gauche néo-démocrate sera sûrement très active. Layton avait réussi par son charisme à unifier le NPD et à le recentrer depuis son élection en 2003, au point d'évincer les libéraux.

Le NPD s'est toujours fait le champion de la transparence en politique. Dans le cas de la maladie de leur chef, un certain mystère a enveloppé son état de santé. Si on a su pour son cancer de la prostate, en 2010, on a refusé de préciser le genre de traitement qu'il suivait. Au printemps, on apprenait que le chef avait une fracture à la hanche nécessitant une chirurgie. Il a mené la campagne électorale une canne à la main. Au cours d'une conférence de presse dramatique le 25 juillet, le chef du NPD révélait combattre un second cancer, dont on ignore tout sauf qu'il est non prostatique. Sans copier les États-Unis et publier le bilan de santé du président, on devrait faire moins de cachotteries.

Le Bloc s'est disloqué, le Parti libéral se cherche un chef, pendant que le NPD est « temporairement » décapité et étale publiquement son amateurisme. Tout cela au moment où Stephen Harper, peu porté sur les compromis minoritaires, jouit d'une forte majorité.

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