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Harper, le premier de classe

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En tournée en Amérique du Sud, le premier ministre Stephen Harper se comporte comme un premier de classe qui évite soigneusement de donner des leçons à notre puissant voisin aux prises avec une crise budgétaire et économique.

Depuis Sao Paulo au Brésil, il a commenté avec beaucoup d'à-propos le vent de panique qui a soufflé sur les bourses mondiales après la première décote du gouvernement américain.

Harper a rappelé qu'il ne faut pas se laisser distraire par les soubresauts des marchés et se concentrer sur les « fondamentaux ». Il n'y a rien en fait de plus volatil et irrationnel qu'un mouvement boursier qui peut effacer en quelques heures les pertes subies la veille. Seules les prévisions météo sont plus changeantes.

« Nous mettons trop d'emphase là-dessus. C'est trop facile de mettre le focus sur les milliards qui ont été gagnés ou perdus sur les marchés », a-t-il dit en invitant les investisseurs à regarder plutôt en avant sur les capacités à créer de la richesse, des entreprises, des jobs. Ce message s'adressait aux Canadiens, mais, indirectement, aux Américains qui n'ont pas réussi à relancer la roue de l'économie depuis trois ans.

Depuis quelques jours, les consommateurs ont l'impression de rejouer dans le très mauvais film de 2008 qui nous a précipités dans une récession sans précédent et plombé les fonds de pension. Il importait de calmer le jeu et de rassurer les épargnants, tentés de changer la composition de leur portefeuille.

Ottawa a réagi avec beaucoup de retenue depuis une semaine face au déplafonnement de la dette américaine, suivie d'une baisse de sa cotation. Vendredi dernier, après que les USA eurent perdu un A, le ministre des Finances, Jim Flaherty, s'est contenté d'une courte déclaration, assez laconique, faisant état de ses préoccupations concernant la dette américaine et celle de certains pays européens. Le ministre notait, prudemment, que le « Canada n'est pas une île, nous sommes une nation exportatrice ».

Si le premier ministre Harper se garde une petite gêne, c'est peut-être aussi parce qu'il doit en partie sa bonne fortune au gouvernement libéral de Jean Chrétien-Paul Martin, qui a eu le courage de faire du redressement des finances publiques une obsession au début des années 1990. À cette époque, on entendait souvent dire dans les milieux indépendantistes québécois que le Canada était en faillite et qu'il était temps de le quitter, avant qu'il ne sombre corps et biens.

Cette rationalisation financière s'est faite sur le dos des provinces, mais Ottawa a éliminé son déficit et a regagné le cercle vertueux des surplus budgétaires.

Les conservateurs ont donc profité de cette période de discipline budgétaire libérale qui se serait prolongée, n'eût été la récession de 2008. Durant la crise le gouvernement, Harper a ouvert le robinet des dépenses publiques, mais il faut bien constater que cela a fonctionné.

Si le premier ministre évite de plastronner, c'est peut-être aussi en raison de la symbiose entre les deux pays. Le déclin de l'empire américain, quoi qu'en disent les anti-américains primaires, risque d'être le nôtre.

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