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Chronique

Nostalgie politique

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Le gouvernement Harper est emparé d'une fièvre monarchiste sans précédent. Il y a d'abord eu la visite des altesses Kate et William qui a servi à dépoussiérer l'image de la monarchie partout au Canada, y compris au Québec.

Puis, le ministre des Affaires étrangères, John Baird, faisait preuve de mauvais goût et d'un manque de flair politique en décrochant des tableaux d'Alfred Pellan pour les remplacer par des photos d'Élisabeth II.

Hier, Ottawa a confirmé le retour du « royal » dans le cas de la Marine et de l'Aviation.

Au sein des forces, cette nouvelle été accueillie avec enthousiasme et le ministre des Anciens Combattants, Steven Blaney, a cherché à désamorcer les critiques en faisant valoir que cette décision est un retour aux noms d'origine et un simple respect des traditions. Gilles Lamontagne, ex-maire de Québec et ex-ministre fédéral avec les libéraux, héros de la dernière guerre., est venu donner un poids considérable aux propos du souriant ministre de Lévis.

Si on n'est pas militaire, on peut difficilement évaluer l'importance de l'étiquette royale au sein des forces. La royauté s'invite depuis toujours dans le nom du Royal 22e Régiment, du Collège militaire royal de Saint-Jean, sans compter la Monnaie royale canadienne... Toutefois, les conservateurs sont en train de raviver un lien colonial suranné. Bien assis sur leur majorité, ils peuvent poser des gestes qu'ils auraient hésiter à poser avant le 2 mai, de peur d'allumer des brûlots au pays.

Le gouvernement Harper fait marche arrière sur les années Trudeau qui, en 1968, avait unifié les marine, l'aviation et l'infanterie et biffé le terme « royal ». Trudeau était obsédé par la « canadianisation » du pays et a tout mis en œuvre, par exemple, pour rapatrier la constitution canadienne qui se trouvait à Londres. Pour y parvenir, il n'a pas hésité à piétiner le gouvernement et les partis d'opposition à Québec. Harper vient de gommer une partie de l'héritage de Trudeau.

Ce retour en arrière vise avant tout à plaire à une frange de l'électorat attachée aux symboles britanniques. Le moment choisi, au cœur de l'été, n'est pas non plus anodin. Des leaders nationalistes soulignaient, hier, que la nouvelle laissait les gens de marbre. C'était peut-être la meilleure réaction, une royale indifférence.

La fin de l'étapisme?

L'heure est à la nostalgie. Le mouvement souverainiste vit aussi un retour en arrière de 40 ans avec toute son agitation. On se croirait revenu aux années 1970 alors que le débat faisait rage sur la façon de faire l'indépendance. Le manifeste du Nouveau Mouvement pour le Québec propose de jeter aux orties la démarche étapiste adoptée par le Parti québécois de René Lévesque.

Pour rassurer les Québécois, le PQ avait décidé, après bien des déchirement internes, de passer par un référendum avant de négocier avec le Canada, plutôt que de se faire élire sur un programme indépendantiste. Les deux référendums négatifs ont tué le pouvoir de marchandage du Québec et ce Mouvement veut recréer le rapport de force originel.

Qui, en dehors des cercles de convaincus, veut entendre parler d'assemblées constituantes?

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