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La chronique de Richard Martineau

Pour Djemila

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Les lecteurs de cette chronique savent tout le respect que j’ai pour Djemila Benhabib. Le courage dont cette femme fait preuve dans sa lutte contre l’intégrisme musulman mérite, selon moi, toute notre admiration.

LES IDIOTS UTILES

Après Ma vie à contre-Coran, l’essai qui l’a fait connaître il y a deux ans, cette ressortissante algérienne persiste et signe avec Les soldats d’Allah à l’assaut de l’Occident, un ouvrage touffu dans lequel elle critique la naïveté d’une certaine gauche progressiste qui, sous prétexte de célébrer la « diversité culturelle » et le « respect des différences », soutient en fait l’intégrisme islamique.

Cette critique lucide de l’Islam politique et de ses « idiots utiles » (les intellectuels gnangnan qui font la promotion de ce nouveau fascisme au lieu de le combattre bec et ongles) vise en plein dans le mille et devrait être une lecture obligatoire.

Or, quelle ne fut pas ma surprise de voir qu’un chroniqueur que je connais bien (Patrick Lagacé avec qui je coanime Les Francs-Tireurs à Télé-Québec) l’a traînée dans la boue dans La Presse...

UNE HYSTÉRIQUE ?

Selon lui, Djemila Benhabib n’est pas crédible, car elle voit des intégristes partout.

« Pour Djemila Benhabib, le voile, c’est mal, tout le temps, a-t-il écrit la semaine dernière. Et ceux qui ne le dénoncent pas avec assez de zèle sont tancés avec un zèle qui rappelle Joseph McCarthy.

« D'ailleurs, par bouts, son livre se lit comme l'œuvre d'un hystérique du péril rouge des années 50 recyclé dans le péril barbu... »

Zélée et hystérique, vraiment ? Si on dit ça à propos de Djemila, il faut être conséquent et le dire aussi à propos d’Azar Majedi, de Taslima Nasreen, d’Irshad Manji, de Chahdortt Djavann, d’Ayaan Hirsi Ali, de Samia Shariff et de toutes ces femmes courageuses qui ont osé élever la voix contre les fous d’Allah.

À moins qu’on les considère comme des « idiotes utiles » de l’extrême droite ?

L’ÉTAT DOIT ÊTRE NEUTRE

Partout sur la planète, des femmes qui connaissent la culture musulmane de l’intérieur et qui ont été forcées de porter le voile islamique risquent leur vie pour nous sensibiliser aux dangers de l’extrémisme religieux.

Le moindre que l’on puisse faire est de les écouter, non ? Qui sommes-nous pour les traiter de zélées ?

Quoiqu’en pensent certains commentateurs, Djemila Benhabib n’a pas déclaré la guerre au hidjab, elle ne veut pas interdire le voile dans la rue. Elle veut l’interdire dans la fonction publique.

Qu’y a-t-il de mal dans le fait de vouloir séparer l’espace privé et l’espace public en réaffirmant la neutralité de l’État ? En quoi est-ce hystérique ?

LES MOTS POUR LE DIRE

« Je suis devenue féministe et laïque à force de voir autour de moi des femmes souffrir en silence derrière des portes closes pour cacher leur sexe et leur douleur, pour étouffer leurs désirs et taire leurs rêves », a dit Djemila Benhabib devant le Sénat français en novembre 2009.

C’est extrémiste, ça ? C’est alarmiste ?

Les islamistes ont un agenda. Ils ont imposé le voile simple, puis le voile intégral, et essaient de nous faire accepter la charia et la polygamie.

Et il faudrait courber le dos et mesurer nos paroles ?

Non.

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