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Citoyen dépendant et esclave

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Depuis deux jours, j’ai, affiché sur mon mur, le « désorganigramme » budgétaire du gouvernement du Québec élaboré par les gens du Journal. À sa face même, cette représentation graphique des coûts de l’administration publique démon­tre la complexité de l’État dans sa relation avec les services dont il a la responsabilité de gestion. Une toile d’araignée où s’emprisonne une multitude d’organismes, du plus important au plus questionnable.

C’est certain qu’avec un tableau comme celui-là, tout gouvernement qui prétend vouloir faire une refonte de la machine administrative ne sait pas par quel bout commencer.

Qui est prêt à voir son budget de fonctionnement amputé de quelques millions de dollars ? Non, pas dans ma cour ! Vous devriez couper ailleurs que dans mon champ de compétence. C’est ce que vous répondront n’importe quel fonctionnaire, n’importe quelle association subventionnée, n’importe quel regroupement de bénéficiaires, de représentants syndicaux, de citoyens.

Des aberrations

Visuellement, ça met en évidence des éléments troublants. Un exemple : le budget du Québec augmente d’environ 5 % par année alors que nous sommes déjà dans le trou de 173 milliards $. Ça veut donc dire qu’on ne peut même plus assurer nos services sans emprunter, et ce, malgré tout ce que nous payons déjà en impôts, en taxes et en tarifications possibles, imaginables et inimaginables. C’est simple, on s’en va directement dans le mur !

J’ai aussi beaucoup de difficulté à comprendre que les commissions scolaires coûtent à elles seules près de 7 milliards $, soit plus que le total des enveloppes consenties pour l’éducation préscolaire, primaire et secondaire. Pis en voulez-vous une autre bonne ? Nos universités responsables de l’enseignement supérieur reçoivent elles aussi moins d’argent que les commissions scolaires.

Sabrer où ?

Chacun d’entre nous pourrait trouver un endroit où récupérer un petit peu d’argent selon ses valeurs et sa vision de la société. Mais y a-t-il de la place pour couper de manière considérable ?

Au fil des ans, nous avons abandonné à l’État le droit et la responsabilité de la presque totalité des services, sans exiger en retour une quelconque reddition de comptes et une imputabilité des gestionnaires. Nous sommes devenus non seulement dépendants des services, mais esclaves de leurs coûts. Nous sommes les plus imposés en Amérique, mais avons l’impression de ne pas en avoir pour notre argent. De deux choses l’une : ou bien nous sommes devenus des citoyens superexigeants ou bien nous nous faisons rouler dans la farine !

Sacrifier quoi ?

Que seriez-vous prêt à laisser tomber comme service public pour retrouver le chemin de la santé budgétaire ? Tiens, je vous propose de conserver cette affiche mille-pattes et de faire l’exercice en tant que ministre des Finances, responsable de l’ensemble des besoins de la collectivité. Vous pourrez comparer votre plan d’action à celui du budget Bachand présenté la semaine prochaine.

Pour télécharger le « dés-organigramme » : www.journaldemontreal.com/affichebudget

Quel Canada ? prise 2

En novembre 2011, dans ces mêmes colonnes, je questionnais le gouvernement fédéral de M. Harper concer­nant le Canada qu’il était en train de façonner. J’avais du mal à me reconnaître non seule­ment dans ses politiques, mais au surplus à me sentir à l’aise avec le courant de pensée que son administration mettait de l’avant pour établir les valeurs canadiennes. En fait, je me posais la question en titrant « Quel Canada ? ».

À ce que je vois, je n’étais pas le seul à m’inquiéter. Les résultats d’un récent sondage Léger Marketing pour le compte de l’Agence QMI traduisent manifestement une coupure marquée entre les convictions du Québec et celles du reste du Canada.

ILLÉGITIME

Le fait qu’un gouvernement soit majoritaire ne lui permet pas de détourner le sens de la démocratie au profit de sa seule vision du monde et de ses seules croyances !

Un gouvernement majoritaire veut simplement dire qu’il a les coudées franches et toute la responsabilité de servir un peuple dans le respect de ses valeurs fondamentales, de son histoire et de ses aspirations.

La majorité d’un gouvernement ne lui donne pas l’autorité de faire de la promotion idéologique et de prendre l’ensemble de la population pour la niveler selon sa propre vision d’une société. Dans un tel cas, on ne pourrait plus alors parler de démocratie, mais d’autocratie. Comme si une administration possédait par sa seule conception des choses un droit sur les valeurs communes d’une collectivité !

Je repose la question : quel Canada ?


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