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Décriminalisation des maisons de débauche

« Un appui au crime organisé »

 Rose Dufour
© Les archives Jean-François Desgagnés Pour Rose Dufour, la décriminalisation des maisons closes donne raison aux proxénètes d’agir comme ils le font.

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La décriminalisation des maisons de débauche, décrétée lundi par la Cour d’appel de l’Ontario, est un appui au crime organisé, croit Rose Dufour.

La directrice générale de la Maison de Marthe, qui vient en aide aux prostituées, qualifie d’étonnante la décision du tribunal ontarien. « Ce jugement donne raison aux proxénètes d’agir comme ils le font envers les femmes. Il fait des proxénètes des hommes d’affaires, déplore Mme Dufour. Derrière les portes closes d’une maison de débauche, il n’y a aucune protection possible pour les femmes. Lorsque de la violence est échangée, le proxénète défend toujours le client, pas la fille. »

Des maisons de débauche, ça existe à Québec, dit Mme Dufour. Mais ce n’est pas le seul mode de prostitution qui existe. « D’après l’étude que j’en fais, il y a une compétition très forte entre les salons de massage et les agences d’escortes, affirme Rose Dufour. Beaucoup de femmes travaillent librement via Internet. Et il y a celles de la rue. »

L’interdiction, seule solution

La fondatrice de la Maison de Marthe est catégorique. Pour éliminer la prostitution, « il est essentiel que le gouvernement intervienne en l’interdisant, clame-t-elle. Les lois ne sont pas appliquées. Si elles l’étaient, il n’y en aurait pas de prostitution. »

Mme Dufour donne l’exemple de la Suède, où la prostitution est interdite depuis 1999. « C’est là que le taux de prostitution est le plus bas », insiste-t-elle.

Celle qui étudie le phénomène de la prostitution depuis plus d’une décennie considère que « l’outrage sexuel est la pire chose qui soit. Ne croyez pas que c’est un choix. Les femmes ne choisissent pas; elles basculent dans la prostitution, observe-t-elle. La grande majorité de celles qui se prostituent ont été victimes de pédophilie. Et 40 % des filles commencent alors qu’elles sont mineures. La prostitution, c’est la révélation d’une grande pauvreté sociale. »

Les hommes, les coupables

Rose Dufour, anthropologue de formation, a été la première à s’intéresser aux hommes qui font appel à une prostituée. « Les vrais hommes se lèvent debout et séduisent une femme. Les hommes qui consomment de la prostitution sont différents, lance-t-elle. Ça reflète une sexualité irresponsable. Cinquante-sept pour cent de ceux que j’ai interviewés ne voulaient pas s’engager. Plusieurs sont des pères de famille. Ils consomment de la prostitution, mais ils n’aimeraient pas que leur fille soit une prostituée. »

C’est en s’intéressant aux travailleuses du sexe que Mme Dufour a constaté qu’il n’existait aucune ressource pour aider ces filles à sortir de ce milieu malsain. D’où l’ouverture, en 2006, de la Maison de Marthe, un centre de jour.

Le centre lancera d’ailleurs sa campagne de financement aujourd’hui, au salon rose du Château Frontenac. La présidence d’honneur de cet événement a été confié à la designer de Québec Marie Dooley.

« La Maison de Marthe, c’est la seule du genre au Québec, souligne Mme Dufour. Cesser la prostitution, c’est une chose, mais il y a beaucoup de travail à faire ensuite. »

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