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L'indien, il l'a en lui

michel jean
Photo Agence QMI

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Le journaliste Michel Jean raconte l’histoire bouleversante de Jeannette, sa grand-mère innue, et expose les préjugés toujours présents à l’égard des autochtones dans Elle et nous. Ce troisième roman percutant et très personnel fait honneur à son talent de conteur.

Michel Jean raconte avec passion l’histoire de sa grand-mère, décédée en 2004, et la sienne, celle de ses origines, en parallèle. Les chemins de Jeannette et de Michel se croisent, au fil des anecdotes et des histoires vécues par l’un et par l’autre. Doucement, Jeannette Siméon − Shashuan Pleshish, « Hirondelle Caribou » − se dévoile. Et Michel présente un côté de lui qu’on ne connaissait pas.

La grand-mère de Michel ne disait que peu de choses de ses origines innues. Toujours tirée à quatre épingles, elle avait pourtant vécu la vie des chasseurs et des trappeurs de la forêt boréale jusqu’à sa rencontre avec François-Xavier Gagnon, l’homme de sa vie, qui allait changer son existence à tout jamais.

À l’occasion de ses funérailles, sa nombreuse famille est réunie à Alma. Dans l’assemblée, un parent demande qu’une prière soit chantée dans la langue de Jeannette. Plus tard, au restaurant, la cousine innue de Michel le prend à part: « Michel, l’Indien, tu l’as en toi. » Troublant constat qui a déclenché le processus de réflexion... et l’écriture du livre.

Carte officielle

Personne d’autre que Michel Jean ne pouvait mieux raconter cette histoire d’une grande originalité et d’une troublante réalité : il est à la fois journaliste de carrière et possède, depuis quelques mois, sa carte officielle de statut d’indien.

« J’ai des amis et ma cousine innue qui sont plus militants. Je leur disais que c’était mieux de parler aux gens en les touchant au cœur, ce qui allait les sensibiliser plus qu’essayer de les convaincre en parlant à leur cerveau. Raconter l’histoire de ma grand-mère et ma propre histoire va permettre aux gens d’avoir un autre regard sur cette situation », observe l’auteur en entrevue.

Dans Elle et nous, Michel Jean fait état des préjugés qui sont encore tenaces à l’endroit des Amérindiens. D’un rôle d’Indien assassin dans une pièce de théâtre de l’école primaire aux réflexions racistes d’une recherchiste de la télévision, il a été témoin de nombreuses situations qui dérangent. L’histoire d’une talentueuse jeune Attikamek de Wemotaci est particulièrement choquante : elle a renoncé à une formation académique dans une école de Trois-Rivières après avoir reçu une lettre haineuse. « Ta présence salit notre école », peut-on lire. «Dégage, maudite Indienne sale! »

Provoquer la réflexion

« Je ne suis pas du tout un militant. Mais je voulais en profiter pour en parler dans le livre, pour que ça provoque une réflexion chez les gens. Toute personne intelligente et sensible qui entend des histoires comme celle-là va comprendre que ça n’a pas de bon sens. Je ne suis pas un Richard Desjardins de la cause autochtone, mais je voulais, à ma manière à moi, peut-être plus sensible mais en tous cas plus personnelle, raconter des histoires comme celle-là pour qu’on voie que ça existe. »

Mieux se comprendre

L’écriture d’Elle et nous lui a apporté beaucoup. « Je ne connaissais rien du mode de vie des Innus. J’ai lu beaucoup, j’ai parlé, j’ai fait lire le livre à des parents qui vivent à Mashteuiatsh parce que je voulais m’assurer que tout ce que je disais sur le mode de vie était vrai. »

L’écriture du livre l’a changé. « Ça m’a ouvert à moi-même, à qui je suis vraiment. Ça m’a aidé à mieux me comprendre et voir quelle était la part indienne en moi. C’était une manière de me réapproprier une partie de moi-même − la partie innue − et aussi une manière de l’accepter. Je ne la niais pas avant, mais désormais, je la prends comme un fait. »

Michel Jean sera au Salon international du livre de Québec, le vendredi 13 avril, le samedi 14 avril et le dimanche 15 avril. Un lancement spécial sera également fait le samedi 21 avril au village de Mashteuiatsh.

 

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