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L’argent des profs dans le béton

marie blais
Photo d'archives

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Québec a tellement sous-estimé l’accroissement des clientèles étudiantes dans les universités depuis dix ans que des centaines de millions de dollars normalement destinées à l’embauche de professeurs sont allées dans le béton.

L’accroissement de l’effectif étudiant à temps complet a été spectaculaire depuis 2000, passant de 139 491 à 195 237 individus en 2011, révèle le dernier rapport de la Conférence des recteurs et principaux des universités (CREPUQ). C’est l’équivalent de la population étudiante de l’Université de Montréal multipliée par deux.

Cette croissance a déjoué les prévisions du ministère de l’Éducation qui, en 2000, prévoyait une baisse significative de la fréquentation dans les universités. « Il nous disait chaque année que ça allait baisser et c’était la raison de réduire le financement, alors qu’il savait que ça allait augmenter », expose Max Roy, président de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’universités (FQPPU). Les estimations erronées du ministère de l’Éducation l’ont conduit à réduire les crédits voués à l’entretien et à la construction de bâtiments de même qu’à l’achat d’équipements. En dix ans, les subventions du MELS vouées aux immobilisations ont fondu de 20,7 %, tandis que les investissements des universités ont bondi de 108 %, atteignant 691 millions en 2010.

Nouveaux espaces

Contraintes d’aménager de nouveaux espaces, les universités ont dû puiser dans leurs budgets de fonctionnement, réservés notamment à la recherche et à l’enseignement, pour faire basculer des centaines de millions dans leurs fonds d’immobilisations. Plus de 2,06 milliards de dollars ont ainsi été détournés depuis dix ans des budgets de fonctionnement vers les immobilisations, estime la FQPPU.

L’accroissement de la clientèle étudiante n’en est pas l’unique cause. Les universités se livrent entre elles une concurrence féroce pour accueillir encore plus d’étudiants. Cela les amène à construire des pavillons à proximité d’autres universités. « Sherbrooke construit à Longueuil, l’Université de Montréal à Laval, l’UQO à Saint-Jérôme, l’UQR s’implante à Lévis, l’Université Laval est rendue à Montréal », signale Marie Blais, vice-présidente de la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ).

« Dérive »

« Cette dérive (...) n’est pas sans hypothéquer lourdement la qualité globale de l’enseignement et de la recherche auxquels ces fonds sont principalement destinés (...) On peut y voir l’une des causes de l’appauvrissement de la mission académique des universités », estime la FQPPU.

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