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La pire des prostitutions

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On pense souvent que le plus vieux métier du monde est la prostitution. Eh bien, oui, d’accord... On aurait toutefois tort de limiter ce phénomène à une affaire de sexe. Autrement plus dangereuse pour notre société, je crois, il y a la « prostitution politique » : celle qui consiste à proposer le « charme » du financement électoral en échange de futures faveurs d’affaires. « Je te fais élire ? Tu me vaudras ça plus tard. »

Pour tricher lorsqu’on se finance en politique, tous les moyens sont bons : fausses factures, prête-noms, enveloppes brunes, remboursements à de faux supporteurs, etc. La corruption politique est une industrie occulte qui a ses professionnels : organisateurs d’élections, spécialistes du financement, travailleurs d’élections, pointeurs de listes électorales, etc.

Ces artisans de la corruption s’infiltrent souvent parmi des gens de conviction. Il y a ceux qui ont un sens aigu de la participation citoyenne, et il y a ceux qui ont un sens aigu de leur propre intérêt à contribuer à la victoire d’un politicien. Certains bénévoles sont moins bénévoles que d’autres.

LES GENTILS ORGANISATEURS

Le monde municipal semble un terreau fertile pour les magouilleurs électoraux. Trop souvent, les petites villes ne possèdent pas toutes les ressources et les moyens d’encadrer une course électorale.

Certains citoyens désireux de s’engager dans la vie de leur collectivité peuvent devenir des proies faciles pour certains « organisateurs » qui leur offrent des élections « clef en main ». Ces gentils organisateurs vous promeuvent, vous financent, vous facilitent le travail et assurent parfois votre élection. Mais vous aurez alors une dette envers eux. Il faudra un jour ou l’autre retourner l’ascenseur...

PAS JUSTE UNE AFFAIRE DE PETITE VILLE

À la lumière des événements qui ont conduit aux commissions Bastarache et Charbonneau, on peut se demander si les méthodes douteuses que les stéréotypes associent souvent au monde municipal ne se sont pas propagées à d’autres paliers de gouvernement. Ce ne sont que des allégations, disent les uns. Pour les autres, l’affaire est entendue, et il ne reste qu’à identifier les coupables.

Il faut trancher les liens qui unissent trop étroitement le financement des partis politiques, les donneurs d’ouvrage, les firmes-conseils, les contacteurs, etc. À quand un organisme indépendant du gouvernement pour attribuer et pour superviser l’octroi de contrats au secteur privé par l’État ?

Corriger pour de bon la situation

J’en ai assez d’entendre les gens dire : « C’est normal que ça coûte plus cher et que ça ne tienne pas debout. C’est le gouvernement. » Non, ce n’est pas normal... C’est notre argent ! Puisque les enquêteurs ne suffisent apparemment pas à la tâche, il faut vite modifier les méthodes en place pour contrôler l’octroi de contrats. Il ne suffit pas de mettre en prison ceux qui le méritent. Il importe surtout de corriger pour de bon la situation. Exactement comme on a séparé les pouvoirs judiciaire, législatif et exécutif. Il faut que la partie de l’État qui accorde les contrats de travaux publics soit elle-même autonome.

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