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La ligue de vertu du Témiscouata

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« Ne dites pas de mal de la masturbation. C’est la manière la plus sûre de faire l’amour avec quelqu’un qu’on aime. » — Woody Allen

Un ami me disait hier qu’il s’étonnait du retour des ligues de vertu. Il me rappelait que lors de l’affaire Clinton et Monica Lewinsky, le pire de ses attaquants avait avoué avoir des relations adultères grâce à une récompense offerte. Pris la main dans le pot de confiture!

Revenons à « l’affaire ». Le 6 février dernier, le directeur général de la corporation Avantage Témiscouata, Pierre Bélanger, s’est masturbé en regardant un film porno. Le store était mal fermé et il s’est fait pogner par une famille voisine de l’hôtel de ville.

Il a démissionné le 4 avril et a même songé à se suicider tant l’histoire a pris de l’ampleur.

Geste sexuel normal

Et là, j’ai commencé à m’énerver. Le monsieur a regardé un film porno au bureau? Oui. C’est interdit. Bon, mais cela fait-il de lui un criminel? Un pédo? Combien parmi ces 300 croisés qui se sont inscrits sur Facebook pour demander la démission du maire ne se sont pas masturbés? Combien n’ont pas trompé leur femme en acceptant une gâterie au bureau par une collègue ou une secrétaire intimidée? Ne me dites pas « aucun », nous avons des statistiques : 18 % des hommes avouent avoir des relations sexuelles au bureau !

Et voilà que Mme Isabelle Blanchet en remet une couche. Vade retro Satanas! Elle nous parle de « perversion » pour décrire l’acte et « qu’il devrait se faire soigner ».

Ben voyons donc! C’est quoi vos pratiques cachées, Mme Blanchet? Le fouet en pensant à Jésus, peut-être? Avec tout mon respect, sachez que la masturbation est un geste sexuel normal pratiqué par plus de 85 % des personnes. Ah oui, et je vous assure, depuis longtemps la masturbation ne rend plus sourd.

Un papa témoin de la scène s’est indigné des traumatismes de ses fils de sept et neuf ans. Ces derniers se seraient levés la nuit en ayant peur que le monsieur vienne les attaquer. En voilà un père qui s’épanche dans la télé alors qu’il aurait pu appeler le premier psychologue pour enfants. Alors, pour vous, j’ai fait appel à Yvon Dallaire, sexologue et auteur de Québec bien connu.

« L’éducation sexuelle doit se faire dès le moment où les jeunes enfants (3-5 ans) commencent à poser des questions sur la sexualité. Et l’on doit toujours leur dire la vérité, même s’ils ne sont pas toujours en mesure de comprendre toute la réalité des explications. Surtout, il faut faire une éducation à la beauté et à la bonté de la sexualité, et arrêter de mettre en garde contre les dangers de la sexualité, ce qui ne veut pas dire les ignorer. »

Encore un tabou

Peut-on respirer par le nez maintenant?

Au cours de toutes ces dernières années, aux Vendredis sexe au FM93, le sujet qui remplissait nos lignes téléphoniques était celui sur les endroits inusités des amoureux, suivi des anecdotes racontant comment les gens s’étaient fait prendre. Si M. Bélanger s’était fait prendre avec sa secrétaire, est-ce qu’il vivrait ce calvaire depuis 2 mois? Non, on aurait dit « quelle santé! »

Mais non, il a eu le malheur de se masturber, un tabou en 2012.

 

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