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Euthanasie

Le clergé inquiet des dérives

Bertrand Blanchet
Photo Rémi Nadeau « Si un malade sait qu’il peut emprunter cette voie-là, dans un moment de dépression ou de découragement, il pourra être tenté de choisir la solution rapide (du suicide assisté), alors qu’il aurait pu faire une démarche personnelle », argue Mgr Bertrand Blanchet.

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Permettre aux médecins d’abréger les souffrances des grands malades « érigerait l’euthanasie en système », dénonce l’Assemblée des évêques catholiques, qui mène une charge en règle contre la recommandation de la commission parlementaire Mourir dans la dignité.

Discrète jusqu’ici, l’Assemblée des évêques catholiques du Québec condamne sévèrement la volonté des députés de légaliser « l’aide médicale à mourir ».

Le président du comité bioéthique de l’assemblée, Mgr Bertrand Blanchet, estime que le recours à l’euthanasie entraînerait une « banalisation du suicide » malsaine pour la société québécoise.

Selon lui, les souffrances physiques des malades peuvent être soulagées « dans la grande majorité des cas », ce qui laisse une trop large part de la décision de mettre fin à une vie reposer sur « une appréciation subjective » des souffrances morales de la personne. « À partir de quel moment peut-on déterminer que les souffrances morales deviennent intolérables? », questionne Mgr Blanchet, qui craint les effets pernicieux d’un « système permettant de donner la mort » sur les « personnes fragiles ».

« Si une personne voit quelqu’un décider d’en finir parce qu’elle estime que ses souffrances psychiques sont incontrôlables, elle sera influencée et se demandera pourquoi ce ne serait pas son tour, si elle se sent comme un poids pour ses proches et pour la société », explique l’évêque.

Fin de vie dans la douleur

Mgr Blanchet juge qu’il faut parfois limiter le droit à l’autonomie de l’individu et protéger les personnes contre elles-mêmes, pour éviter qu’elles ne choisissent une voie rapide et facile, au détriment d’une occasion « d’approfondir le sens de leur vie ».

« La fin de vie peut être l’occasion d’une démarche personnelle pour faire la paix (...) l’idée n’est pas de valoriser la souffrance, mais elle a parfois une valeur humanisante », a-t-il ajouté.

Risques de dérive

L’Assemblée des évêques catholiques craint même une dérive entraînant le recours massif à l’euthanasie, si le gouvernement du Québec décidait d’appliquer la recommandation de la commission parlementaire spéciale. « Dans un contexte où l’on demande constamment l’efficacité, la performance à tout prix dans les hôpitaux, bien, une façon d’être performant, ce sera peut-être de libérer rapidement les lits d’hôpitaux des personnes qui n’ont plus de conscience. Ça devient une pente glissante. »

 

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