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Un mauvais clown?

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À entendre Régis Labeaume, à l’écouter nous piétiner par les mots, j’ai essayé de comprendre comment on en était arrivé là. J’avais en mémoire une lecture lointaine dont j’ai enfin retrouvé l’histoire.

En 486, les sénateurs de Rome vinrent chercher le consul romain Cincinnatus pour nettoyer la corruption. Cincinnatus accepta la couronne de tyran absolu le temps d’une saison avant de retourner soigner ses vignes. J’ai peur que M. Labeaume, dans son cas, ne l’ait gardée.

C’est en apercevant une vieille affiche de cirque que j’ai compris. L’art des clowns est le subtil équilibre entre la peur et le rire de soulagement. C’est ça. Le maire Labeaume est devenu notre mauvais clown.

Pierrot et Auguste

Mais alors, il faut que je précise... Il y plusieurs types de clown, n’est-ce pas? Le clown blanc et sa face de Pierrot, son rôle moralisateur, pourrait être un vrai politicien. Sa tristesse profonde et son attitude supérieure restent l’atout maître de l’élection : faire croire qu’on pourra mettre sa destinée entre ses mains. L’Auguste, c’est le gaffeur avec ses grosses chaussures et son nez rouge. Il parle fort et sacre sans gêne.

Avez-vous remarqué que devant le spectacle, une assistance d’enfants est partagée entre le rire et l’effroi? C’est ça... Le maire Labeaume, dans sa tenue de clown, nous laisse partagés entre le rire de ses remarques, ce « Mon ostie, je vais t’en câlisser une dans l’front! » et la soudaine crainte du responsable politique qui, parce qu’il a le pouvoir offert par la démocratie oublie sa nécessaire obligation d’humilité.

Et là l’Auguste dérape dans le cinéma frisson... Quand il déclare qu’« Il faut intimider les intimidateurs » dans la foulée des révélations sur le suicide de l’adolescente Marjorie Raymond, à Sainte-Anne-des-Monts, il laisse entendre que les intimidateurs sont partout. Quand le clown croit en ses paroles envers Josée Verner disant avoir envie de la « battre à l’occasion », le clown oublie qu’il n’est là qu’un temps, que les fonctionnaires ne sont ni « incompétents » ni « fourreurs de systèmes », qu’un journaliste se respecte parce qu’il est lui aussi la voix de la démocratie, non pas par l’élection, mais par l’audience qui le fait ou le défait.

Quand l’Auguste, à la veille d’un vote important des cols bleus, s’en va sur la piste avec un gros pétard et l’annonce d’une mise à pied de cent soixante-deux employés, qu’il fait une charge à fond contre les pompiers, alors, encore, l’assistance ouvre la bouche, ne sachant si elle doit rire ou s’effrayer.

Coups de pétards

Il n’y a plus de magie, il n’y a que le souvenir lointain des rêves et des ambitions pour notre ville. Le souvenir caché derrière le mépris et les coups de pétards. Il est déjà loin le temps du 400e. Il se perd dans le temps qui passe si vite, laissant la place à ceux qui feront le bilan des coûts face au compte des mots.

Cincinnatus est déchu malgré ses 75 % de taux de satisfaction. Je crains que l’Auguste, un jour prochain, ne fasse plus rêver. il sera seul sous la lumière, il hurlera et l’assistance restera en silence, effrayée. Les gens se lèveront, un par un, ils quitteront les gradins, traînant leurs enfants. Ils n’y reviendront pas, parce que le clown les aura oubliés.

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