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La CLASSE déclassée

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Jean Charest ne bougera pas de ses positions sur la hausse des frais de scolarité au cours des pourparlers qui s’amorcent avec les associations étudiantes.

L’hypothèse d’un moratoire jusqu’aux prochaines élections est donc à écarter. Le premier ministre et la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, profiteront de ces rencontres et de l’attention médiatique qu’elles susciteront pour faire valoir de nouveau sur la place publique que la hausse décrétée est raisonnable et que l’enjeu de la perte d’une session dépasse de loin l’effort monétaire demandé aux étudiants.

Des conseillers de Jean Charest font par ailleurs l’analyse que les leaders étudiants modérés sont dépassés par les débordements auxquels les dernières manifestations ont donné lieu. Celles-ci ont été détournées par des groupuscules radicaux. Le défi du premier ministre cette semaine, selon eux, est de calmer le jeu tout en demeurant ferme sur la hausse, sans pour autant écraser de quelque façon les interlocuteurs étudiants modérés qui doivent demeurer crédibles aux yeux des membres de leurs associations. Bref, Jean Charest et Line Beauchamp devront travailler au scalpel.

Tasser la CLASSE

La CLASSE de Gabriel Nadeau-Dubois a pris une place disproportionnée dans l’opinion publique ces dernières semaines. Cette faction radicale ne représente cependant en réalité que 25 % des 400 000 étudiants des niveaux universitaire et collégial, dont une majorité de cégépiens.

Le gouvernement a habilement réussi à amener la CLASSE à devoir quémander en quelque sorte une place à la table de discussion. Il ne pouvait la laisser s’arroger une sorte de droit de veto sur l’issue des pourparlers en imposant sa présence comme sine qua non à des rencontres. Les dirigeants de la CLASSE n’entérineront en effet jamais un accord puisque leur objectif est la gratuité totale des cours universitaires. Puisqu’ils sont impossibles à satisfaire, il ne fallait pas que les fédérations universitaire et collégiale soient liées à une acceptation de la CLASSE pour une résolution de la crise.

Les porte-parole gouvernementaux ont poussé ces derniers jours la CLASSE à se placer en position de faiblesse aux côtés de la Fédération étudiante universitaire du Québec et de la Fédération étudiante collégiale du Québec. Ils pourront maintenant trouver un terrain d’entente avec ces dernières, en marginalisant la CLASSE. Cette dernière refusait de dénoncer la violence à laquelle ses manifestations donnaient lieu et elle tentait de faire croire à la légitimité d’actes illégaux lorsque le pouvoir politique et policier opprime le peuple, comme ce serait présentement le cas au Québec, prétend-elle. Avec l’émeute de vendredi à Montréal, la CLASSE s’est ainsi déclassée elle-même.

Le gouvernement a manœuvré exactement comme il le fait face aux fronts communs intersyndicaux du secteur public. Il travaille alors avec des groupes plus conciliants, de façon à établir un modèle de règlement qui s’applique ensuite aux plus radicaux, que cela plaise ou non à ces derniers.

Pour s’asseoir à la table de Line Beauchamp, la CLASSE a finalement dû accepter de piler sur ses sophismes et ses pirouettes de sémantique, et de souscrire en plus à une trêve des perturbations économiques et sociales. Sinon, ses représentants restaient à la porte.

Gabriel Nadeau-Dubois et ses collègues de la direction de la CLASSE sont maintenant dans la cage à homard.

 

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