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80 jours de tournage en rond

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Non seulement on n’a jamais vu au Québec ou dans le Canada une mobilisation étudiante s’éterniser pendant quatre-vingts jours, mais on a rarement vu des négociations piétiner de la sorte. Il n’est même pas sûr que l’on soit plus proche d’un règlement aujourd’hui qu’il y a deux mois !

Aujourd’hui, la CLASSE est censée y aller de ses suggestions pour régler le conflit... Il serait très étonnant que ces suggestions soient conciliantes puisque même les deux autres associations étudiantes réputées plus modérées que la CLASSE, la FEUQ et la FECQ, sont demeurées intransigeantes. Elles étaient initialement pour le gel des frais ; elles y tiennent encore mordicus.

Quand j’ai pris conscience des suggestions en sept points de la FEUQ et de la FECQ, je me suis dit que les étudiants sont en train de « pousser leur chance » un peu loin. On ne trouve pas de solution au débat, alors on l’élargit ? On voit grand, mais on oublie l’essentiel.

La priorité : l’accessibilité

Le mouvement étudiant semble profiter de la crise pour questionner l’ensemble du fonctionnement de l’enseignement supérieur au Québec.

Alors qu’il y a urgence, ils demandent... des états généraux ! Ils veulent réviser le monde de gestion des universités.

Ils mettent en doute la pertinence de la délocalisation des universités, comme l’ouverture d’un campus de l’Université de Montréal à Laval. Ils parlent du danger des relations entre le secteur privé et la recherche universitaire.

Le fond de l’affaire, pourtant, la question sociale primordiale, c’est l’ACCESSIBILITÉ - je mets ce mot en majuscules pour qu'on le voie bien. Si des bourses haussées permettent aux étudiants moins aisés d’acquitter leurs frais de scolarité haussés, qu’y a-t-il de mal ?

Un peu de conciliation, S.V.P. !

Le sous-financement du secteur universitaire est un sujet qui revient constamment sur le tapis depuis belle lurette. Dans un monde de plus en plus concurrentiel, c’est un petit miracle que nos institutions continuent de se démarquer.

Même si je comprends le gouvernement de vouloir renflouer les coffres de ses institutions d’éducation supérieure, je trouve depuis le début que la hausse de 75 % est un gros morceau à avaler, même étalée sur sept ans au lieu de cinq.

Dites-moi dans quel domaine nous accepterions une hausse aussi gigantesque du prix d’un service ?

Les étudiants ont reçu cela comme une gifle – de là leur mobilisation, que je peux comprendre... mais la demande du gel des frais, même à « effet zéro » pour le contribuable, relève davantage du braquage idéologique que du réalisme politique.

Je suis convaincu qu’il y a de la place pour un règlement honorable... mais on a jusqu’ici tout fait sauf cheminer vers ce règlement !

Chaque chose
en son temps
Certains pays très compétitifs à l’échelle mondiale, notamment en Scandinavie, pratiquent la gratuité scolaire « mur à mur ». Ce système n’est pas une pure utopie (même si je sais que les Québécois ne verront peut-être pas la pertinence d’offrir gratuitement l’université à des étudiants dont les parents sont riches). Je le répète : l’accessibilité doit être la priorité, et pas la gratuité. Ce n’est surtout pas le temps de jauger la pertinence de la gratuité scolaire quand le tiers des étudiants québécois risquent de perdre leur session. Vite, rattrapons le temps perdu.

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