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La lutte des classes

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Lundi dernier, sur Facebook, un inconnu m’a écrit que je ne comprenais pas que, dans les manifestations violentes, j’avais sous les yeux « les libérateurs » du Québec...

Il avait 17 ans, il portait un carré rouge et avait défilé avec ses parents, tous unis. Il était lancé sur les pavés, poussé par les intellectuels montréalais qui font la promotion de la dialectique historique et la lutte des classes autant que l’indépendance, cet adolescent ne connaissait même pas la phrase de Lénine : « Il faut consentir à tous les sacrifices, user de tous les stratagèmes, user de ruse, adopter des procédés illégaux, se taire parfois, parfois voiler la vérité, à seule fin d’entrer dans les syndicats, d’y rester et d’y accomplir malgré tout la tâche révolutionnaire. »

Malgré les injonctions, malgré la majorité des étudiants non-grévistes, malgré les dénis de démocratie, la police tourne le dos, l’étudiant casqué masqué bloque les cégeps au nom de l’anticapitalisme et la révolution.

Qui, parmi nous, n’a pas été marqué par une forte envie de révolution autour de ses 17 ans? Contre les parents? Contre la société? Mais là, ces jeunes, ils défilent avec papa et maman! Pour les mêmes idées...

Alors la révolution au pays, contre la corruption, les dépenses de l’État? La dette qui s’agrandit? Je comprendrais cela... Mais contre le rattrapage des années de mauvaise gestion? C’est un signe de dictature cela? Alors, je comprends que papa ne dira pas qu’il a trop dépensé et fifils ajoutera sur son carré rouge tous les symboles de papa? J’ai même vu dans la foule un carré jaune contre le nucléaire...

Jacques Brel

Ils sont bien loin, pourtant, les révolutionnaires des années soixante qui ont tout essayé, tout gaspillé, jusqu’à prendre le pouvoir comme les notaires de Jacques Brel pour tout empêcher.

Avec l’ami Jojo

Et avec l’ami Pierre

On allait boire nos vingt ans

Jojo se prenait pour Voltaire

Et Pierre pour Casanova

Et moi, moi qui étais le plus fier

Ils se partagent les places chaudes des médias, ils ont tous les pouvoirs, ils sont les vieux barbus qui tiennent toute la presse, ils sont les critiques et les critiqués, les chroniqueurs et les hommes politiques.

Ils nous assènent les mêmes idées sur l’indépendance, le CO2, l’Histoire (ah, ce grand démocrate de Castro) ainsi que la décroissance. Ils sont tellement sûrs de leur vérité qu’ils ne commentent même plus, détachés du peuple, quand le vote est en grande majorité contre leurs idées. Ils sont ceux qui ont détruit l’apprentissage de la langue, l’ouverture au monde et offert aux jeunes la seule haine de l’autre.

Réinventer la politique

Dans un monde ouvert qui s’élève contre des dictateurs, où le jeune homme de 17 ans devrait réinventer la politique plutôt qu’imiter celle de son père, considérer l’éducation comme l’ouverture au monde libre, pour vivre ces années comme un investissement d’efforts pour une vie entière, je suis atterrée de la récupération politique, ce voulu « œcuménisme » devenu « œcumélangisme ».

Ce jeune de 17 ans devrait écouter la conclusion de Jacques Brel...

Avec maître Jojo

Et avec maître Pierre

Entre notaires on passe le temps

Jojo parle de Voltaire

Et Pierre de Casanova

Et moi, moi qui suis resté l’plus fier

Moi, moi je parle encore de moi.

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