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Franc-parler

Le blues du businessman

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Le hasard fait drôlement les choses. Hier, quelques minutes après avoir lu les propos que Claude Dubois a tenus sur la manif dans le Journal, j’ai écouté, sur France-Culture, une entrevue avec le metteur en scène Jérôme Savary.

LES VIEUX COOL

Dans les années 60-70, Savary était un créateur révolutionnaire, il montait des spectacles scandaleux avec des artistes surréalistes comme Arrabal, Topor, Jodorowsky. Il fréquentait Kerouak, Ginsberg, c’était un joyeux fêtard, un homme qui brisait toutes les conventions et qui se promenait à poil en public.

Aujourd’hui, c’est un artiste rangé, reconnu, qui peste contre l’anarchie et la pornographie.

« Qu’est-ce qui s’est passé ? lui a demandé l’intervieweur.

— Il s’est passé que j’ai vieilli, a répondu Savary en rigolant. J’ai 69 ans, je ne pense plus comme quand j’en avais 20 ! L’autre jour, j’ai rencontré un type de mon âge qui joue les baba-cool et qui refuse de vieillir. C’est pathétique. Il n’y a rien de pire que ces vieux cons qui jouent encore aux révolutionnaires... »

Comment ne pas penser à Dubois en écoutant ces propos ?

RÉVOLUTIONNAIRE DE SALON

Dubois est un artiste bourgeois, pépère, qui ne brasse plus la cage depuis des années dans son art, et qui n’a pas hésité à utiliser son statut de vedette pour passer devant tout le monde dans une clinique de vaccination.

Et le voici qui joue au révolutionnaire de salon, traitant le Collège des médecins de groupe d’extrême droite, banalisant le saccage et le vandalisme (« Je ne vois pas pourquoi on s’offusque pour quelques bris de vitrines... »), tout ça en regardant placidement les outardes qui survolent ses lacs privés.

S’il vous plaît, un peu de décence...

Claude Dubois peut bien applaudir les manifs : il vit dans le fin fond du bois, sur une terre immense parsemée d’une dizaine de lacs ! Les seuls êtres vivants qu’il voit passer devant son salon marchent à quatre pattes et ont un panache !

Aimerait-il que des centaines de jeunes manifestent devant son balcon et lancent des boules de billard sur sa magnifique villa ?

Il veut brasser la cabane ? Qu’il cesse de composer des tounes de matantes sirupeuses qui jouent dans les salles d’attente afin de faire patienter les citoyens qui ont la décence d’attendre leur tour quand ils vont voir un médecin...

Ça serait un bon début.

LA SOCIÉTÉ PARFAITE

Si j’avais 20 ans, je serais peut-être à côté des étudiants qui manifestent dans la rue, parce que c’est ça qu’on fait quand on a 20 ans, on rêve à une société parfaite où tout le monde reçoit et où personne ne paie, on porte un t-shirt du Che et on signe des ententes qu’on n’a pas vraiment lues. Mais voilà, je n’ai plus 20 ans.

Je préfère faire des gains réels que défendre de grands principes, je préfère aller voter que manifester trois fois par jour, je préfère discuter calmement avec une personne plutôt que lui cracher dessus.

Et je préfère parler d’économie avec Pierre Fortin et Luc Godbout qu’avec Gabriel Nadeau-Dubois.

Les jeunes pensent que je suis un vieux con ? Pas de problème avec ça.

Comme disait l’autre, je préfère passer pour un vieux con que passer tout droit.

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