/lifestyle/focus
Navigation
L’usage de la force

Tirer sous la menace

police mtl
Photo d’archives, Agence QMI

Coup d'oeil sur cet article

Sentant leur vie en danger, les policiers ont tiré à l’endroit de 22 personnes, en 2011, et à au moins six reprises depuis le début de l’année à travers la province.

Les familles des victimes et le public sont mis à l’écart lors du processus d’enquête indépendante les empêchant d’en savoir davantage sur ces interventions policières qui occasionnent des blessures ou la mort chez les personnes visées.

Entre 1999 et 2010, 314 enquêtes indépendantes ont été commandées par le ministre de la Sécurité publique pour faire la lumière sur le travail des policiers lors d’altercation ou d’une poursuite automobile lorsqu’une personne a été blessée, tuée ou lors d’un suicide. Parmi celles-ci, trois dossiers seulement ont fait l’objet de mise en accusation. Si peu d’accusations ont été portées au fil des ans, c’est parce que les agents de la paix agissent en fonction de la formation qu’ils ont reçue et du protocole enseigné avec le tableau de l’emploi de la force, nous ont confié des policiers.

Dégainer

Lors d’événements où un policer dégaine son arme, aurait-il pu en être autrement sans qu’il y ait mort d’homme? « Il y a des étapes avant d’en arriver là », souligne Pierre Veilleux, président de l’Association des policiers provinciaux du Québec (APPQ). « L’utilisation de l’arme à feu est le dernier recours », répond Robert Poëti, ex-policier pendant 28 ans à la SQ et maintenant chroniqueur en matière de sécurité publique et privée. « C’est la dernière action qu’un policier peut utiliser lorsque sa vie, celle d’un citoyen ou même d’un suspect est en danger. À ce moment-là, il est justifié de la faire parce que tous les autres moyens de défense ont été utilisés. »

Fusillade

Le 10 avril 2011, les policiers de la Sûreté du Québec (SQ) sont appelés à intervenir au domicile d’Alain Moisan, 52 ans, à Saint-Raymond de Portneuf. Au moment de l’arrivée du patrouilleur, il trouve l’homme en crise sur son balcon, intoxiqué par l’alcool, fusil de chasse en main. Lorsque le policier le somme de déposer son arme, Alain Moisan tire un coup de feu en sa direction et une fusillade éclate. Le policier a fini par atteindre mortellement l’homme en crise à la tête. Le policier impliqué en a été quitte pour un choc posttraumatique. Le coroner Luc Malouin a conclu, dans son rapport, que le policier a abattu l’homme pour des motifs de légitime défense.

Formation

Les policiers sont formés à l’École nationale de police du Québec pour faire face à ces situations où l’adrénaline est forte et où la vie, autant de l’individu en crise que du policier, est en jeu. « Face à une arme, il n’y a pas de sortie possible », atténue Alain Gelly, policier à la retraite du Service de police de la ville de Lévis (SPVL), chroniqueur et professeur en techniques policières.

Sans détour, Robert Poëti mentionne que les policiers sont formés pour que la menace cesse. « On vous apprend à tirer dans la cible, point à la ligne, précise-t-il. Viser la jambe, l’épaule, ça serait bien, mais c’est impossible avec une arme de service. Les seuls qui peuvent le faire sont les tireurs d’élite du groupe d’intervention. Ce que l’on nous apprend à l’École nationale de police, c’est de tirer dans le tronc de la personne. » Viser ailleurs sur le corps de la personne en crise mettrait la vie du policier en danger, ajoute-t-il. D’autres moyens, comme l’emploi du pistolet électrique s’avère aussi mortel, selon lui, lorsqu’un suspect est en crise. Après leur formation de base, les policiers doivent se requalifier chaque année.

Jugement

Après la mort d’Alain Moisan, son frère Pierre se questionnait sur les méthodes employées par le policier. Des questions et des critiques auxquelles doivent faire face les agents de la paix. « La société nous juge très rapidement sur nos actions, alors que tous les éléments n’ont pas tous été mesurés », avoue Alain Gelly. « On ne veut jamais se lever le matin et avoir à sortir notre arme », avoue le ­policier Pierre Veilleux.

Commentaires