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Un électrochoc

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Imposer la paix tout en s’éloignant d’un véritable retour à la vie normale, freiner l’agitation sans régler les questions qui sous-tendent la crise sociale... Voilà un peu ce que le gouvernement Charest essaie d’accomplir avec sa loi spéciale.

On veut couper court au chaos en balisant le droit de manifestation, en révisant des dispositions du droit d’association, en privant de financement des associations étudiantes, etc. Est-ce que cela nous rapproche vraiment d’un règlement de ce conflit qui dure depuis 13 semaines ? Ne néglige-t-on pas le fond du problème pour s’attaquer aux symptômes ?

DÉBORDEMENT DE HARGNE

Je vous disais jeudi dernier que Jean Charest n’allait pas laisser qui que ce soit « s’essuyer les pieds » sur le départ de Line Beauchamp, mais je ne pensais pas qu’il en ferait autant. Mme Beauchamp espérait pourtant que sa démission (son « ultime compromis », disait-elle) débloquerait la situation en assénant un électrochoc aux parties négociantes de manière à leur faire trouver un compromis... Mais le véritable électrochoc, finalement, c’est ce projet de loi qui me semble moins motivé par une volonté de trouver une solution honorable que par un débordement de hargne et de frustration.

Bien sûr, les étudiants qui ont payé leurs cours ont le droit d’accéder librement à leur lieu d’enseignement. Bien sûr, l’ordre public et la sécurité des citoyens doivent être assurés. Bien sûr, on doit financer suffisamment l’éducation supérieure. Bien sûr, il faut maintenir la qualité de la recherche et de la formation. Voilà ce qu’étaient les motifs honorables et légitimes que le gouvernement pouvait invoquer en promulguant une loi spéciale... mais on peut se demander si celle qui nous est imposée vise vraiment l’intérêt supérieur de l’Éducation, de l’État, de l’ordre public. N’est-on pas en train d’essayer de mettre en place un décor de fausse « paix sociale » et de fausse « sécurité publique » au cas où le conflit lui-même ne se règlerait pas de si tôt ?

AGGRAVATION DU DÉSACCORD

Le temps aurait dû permettre aux adversaires de devenir plus tolérants et ouverts aux vues de l’autre, mais on a plutôt assisté au fil des semaines à une aggravation du désaccord initial. Le gouvernement devait prendre ses responsabilités, mais souvent, une loi spéciale est une mesure de dernière instance qui, tout en démontrant la force de l’État, dévoile l’impuissance de ceux qui le dirigent à gérer sereinement une sortie de crise.

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