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Quelle troisième voie ?

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Mathieu Bock-Côté déplore avec raison que l’extrême polarisation du débat autour du conflit étudiant enlève de l’oxygène à quiconque tente d’exprimer un point de vue nuancé.

Il est vrai aussi que la haine viscérale envers Jean Charest dicte nombre de réactions. Si cet homme découvrait un remè­de contre le cancer, des gens trouveraient un moyen de lui nier le moindre mérite. Mais il est le premier responsable de cette animosité.

Les chaînes d’information contribuent aussi à amplifier le sentiment de crise. Les mêmes images, les mêmes phrases tournent en boucle toute la journée, occupant tout l’espace, comme s’il ne se passait rien d’autre.

Les réseaux sociaux abolissent la distance entre un événement et le commentaire sur celui-ci. Forcément, moins il y a de distance, plus l’humeur prend le dessus sur la réflexion. Toute la société devient une marmite sous pression.

Raymond Aron

Cette polarisation n’a bien sûr rien d’inédit. Revenant sur les événements de mai 1968, Raymond Aron faisait ce même constat dans son petit ouvrage inti­tulé La révolution introuvable.

Quand les leaders étudiants, disait-il, ne contrôlent plus leurs troupes, quand les casseurs prennent le dessus, on choisit son camp : l’État, le Parlement, les tribunaux, avec leurs défauts et leurs limi­tes, ou la rue, le désordre et son cortège d’effets pervers sur des citoyens qui n’ont rien fait pour mériter cela.

En refaisant la chronologie de notre crise, on peut certes dire que le gouvernement aurait pu agir avant ou qu’il a mal manœuvré à tel ou tel moment.

On peut aussi, très légitimement, s’opposer à tel ou tel article de loi. Par définition, toute loi spéciale restreint le périmètre habituel des droits et libertés. Il s’agit de savoir jusqu’où et si les circonstances le justifient.

Ces questionnements pertinents sont le loisir de ceux qui, comme moi, observent les choses du haut des gradins et avec l’avantage du recul. Quand on est dans la cabine de pilotage, dans le feu de l’action, les choses se présentent très différemment.

Quoi d’autre ?

Pour moi, LA question fondamen­tale est de savoir si, entre la loi spéciale et le renoncement pur et simple à la hausse des droits, le gouvernement avait une troisième option.

Évidemment, cette question ne se pose pas pour ceux qui étaient carrément pour les étudiants. En particulier, je suis extraordinairement troublé par le comportement de ces professeurs qui ont encouragé leurs propres étudiants à ne pas venir en classe et qui promettent de recommencer à souffler sur les braises cet automne.

Remarquez, jouer à la révo­lution est moins exigeant que la faire et permet de revivre sa jeunesse, du moins tant qu’on ne retrou­ve pas son auto vandalisée.

Je déplore évidemment qu’il ait fallu en arriver à une loi spéciale. On s’y résout quand les mécanismes habituels de résolution de problèmes n’ont pas fonctionné comme ils auraient dû.

Je note cependant que ceux qui s’insurgent contre le principe même d’une loi spéciale, sans donner raison aux étudiants et sans nier la nécessité d’une hausse des droits, ne disent jamais concrètement, précisément, exactement à quoi aurait dû ressembler cette troisième voie.

C’est parce qu’elle n’existe pas.

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