/opinion/columnists
Navigation

Corruption de principe

Coup d'oeil sur cet article

Cette histoire de favoritisme médical à la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) a fait réagir mes collègues fortement, eux qui pourtant en voient de toutes les couleurs, jour après jour. Dany m’a dit : « Celle-là, elle vient me chercher. » Sébastien s’est exclamé : « J’en reviens pas! » ! Et George, perdant son calme athénien, a laissé tomber : « Fuck! »

La trouvaille de Rémi Nadeau (textes ci-joints) a provoqué de vives réactions chez tous ceux à qui j’en ai parlé. Pourtant, il ne s’agit pas d’un véritable scandale, du moins pas au sens courant du terme. Il s’agit encore de corruption, mais d’une corruption des principes auxquels nous sommes collectivement attachés.

En premier lieu, l’universalité des soins. De toute évidence, la RAMQ l’assure d’abord à ses employés. Travailler là permet d’avoir la certitude de voir un médecin. Pas de souci ni besoin de se déplacer, la consultation se fait au bureau...

Une illusion

Le principe d’égalité est aussi foulé aux pieds. Les Québécois se croient égaux devant l’État! La RAMQ donne un nouvel exemple que l’« égalité citoyenne » du modèle québécois n’est qu’une illusion.

Au fond, il n’y a pas de différence entre le riche client de Medisys et un fonctionnaire de la RAMQ qui voit son médecin durant ses heures de travail. Tous deux sont manifestement privilégiés.

La réalité de millions de Québécois est tout autre. Pas de médecin de famille, c’est la galère. Et si vous comptez sur les journées « sans rendez-vous » pour en voir un facilement, détrompez-vous. C’est une farce, les « sans rendez-vous », une comédie qui dure environ 10 minutes. La clinique ouvre ses portes à 9 h et affiche complet 10 minutes plus tard. Vaut mieux arriver à l’aube.

Une question se pose maintenant : ce qui est bon (et faisable) pour la RAMQ ne devrait-il pas l’être pour tout le monde? Si les effectifs médicaux permettent des soins privés à la RAMQ, le même traitement devrait être offert à tous. Si cela est impossible, s’il y a vraiment une pénurie de médecins, nous conclurons que la RAMQ s’offre un privilège en profitant des effectifs dont elle gère la rémunération. Après la corruption des principes, la RAMQ serait coupable de conflit d’intérêts.

Mais n’attendez rien du ministre de la Santé, Yves Bolduc. Les politiciens québécois sont traditionnellement incapables de mater les vaches sacrées.

Commentaires