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Les oubliés

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Les étudiants du secteur technique au cégep sont les grands perdants dans la présente crise. Ils sont aussi les grands oubliés. Leurs propres leaders n’ont eu aucune considération pour eux au cours des quatre derniers mois.

Ces étudiants ne sont pas touchés par la hausse des frais de scolarité à l’université puisqu’ils ne la fréquenteront pas. Ils sont cependant retardés dans leur formation et conséquemment pour leur entrée sur le marché du travail.

Mais pire, la CLASSE et la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), qui se partagent la représentation des cégépiens, se sont même associées à une proposition qui consistait en un gel des frais de scolarité, compensé par une annulation ou un rabattement du crédit d’impôt dont profitent les étudiants. Gabriel Nadeau-Dubois et Léo Bureau-Blouin étaient prêts à priver leurs membres qui ne se destinent pas à des études universitaires d’un avantage fiscal afin de servir les intérêts de ceux qui se dirigent vers l’université plutôt que vers un métier.

Jamais consultés

Les étudiants du secteur technique, très majoritairement opposés au boycott des cours, n’ont évidemment jamais été consultés sur cette position de négociations avant qu’elle soit présentée. Ce sont les représentants du gouvernement à la table des pourparlers qui ont pris leur défense, en relevant l’iniquité que créait cette proposition.

Et c’est sans parler de toutes ces personnes, non-membres des fédérations étudiantes qui paient des sommes astronomiques pour une formation professionnelle autre que celles offertes par les cégeps, comme des cours d’opérateur de machinerie lourde.

Les leaders étudiants ont une curieuse conception de la solidarité qu’ils prêchent depuis quatre mois. Ils pratiquent bien plus une forme de corporatisme, tout comme les organisations syndicales du secteur public, toujours prêtes à appauvrir les contribuables pour procurer à leurs cotisants des avantages dont les salariés du secteur privé ne profiteront jamais.

Gaspillage

Le choix de la formation préuniversitaire de préférence à une formation professionnelle ou technique a été très valorisé depuis la Révolution tranquille.

Le résultat est que le Québec manque grandement de gens de métier alors qu’il produit à la chaîne des bacheliers dans des disciplines qui ne mènent pas ces derniers à des emplois liés à leur champ d’études, et des décrocheurs au premier cycle universitaire.

Les directions des universités remplissent des amphithéâtres de sciences humaines avec des étudiants qui n’auraient jamais dû y être admis, mais qui sont acceptés pour gonfler la subvention gouvernementale basée sur le nombre de têtes de pipe.

L’oubli des étudiants des secteurs professionnel et technique par les leaders étudiants, ou tout au moins l’indifférence à leur endroit, découle de cette valorisation exagérée du préuniversitaire au niveau collégial au détriment du choix d’un métier ou d’une technique. Ces directions des associations étudiantes véhiculent cet élitisme bien ancré.

Des centaines de millions sont ainsi dilapidés chaque année. L’économiste Pierre Fortin a relevé que 46 % des étudiants du Québec accèdent à l’université contre 37 % ailleurs au Canada, mais seulement 28 % en ressortent avec un diplôme contre 30 % dans les autres provinces.

Il n’y a aucun problème d’accessibilité aux études universitaires au Québec mais nous avons un grave problème d’orientation professionnelle au niveau secondaire.

 

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