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Turcotte reste détenu

Guy Turcotte (crop)
Photo d’archives

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Guy Turcotte restera détenu à l'Institut Pinel pendant encore au moins six mois, vient de décider la Commission d'examen des troubles mentaux.

L'ex-cardiologue de 40 ans, jugé criminellement non responsable des meurtres de ses deux jeunes enfants qu'il a poignardés à 46 reprises, le 20 février 2009, à Piedmont, n'a pas rassuré les cinq commissaires sur la dangerosité qu'il représente pour la population, selon leur décision unanime rendue mardi matin.

Le tribunal administratif a ordonné une nouvelle audience en décembre prochain, afin de réévaluer «l'évolution de l'accusé et le risque qu'il pourra alors représenter pour la sécurité du public». À ce moment, l'ex-cardiologue de Saint-Jérôme pourra de nouveau demander sa libération.

Droits de sortie

Turcotte pourra néanmoins bénéficier de droits de sortie, afin de permettre «la transition entre son environnement actuel et la vie dans la réalité du monde extérieur». Au cours des trois prochains mois, il pourra sortir de l'hôpital psychiatrique «accompagné par un membre de sa famille immédiate ou d'un membre du personnel de l'établissement». Ces sorties seront d'un maximum de huit heures et Turcotte devra réintégrer l'Institut Pinel tous les soirs.

Les trois mois suivants, l'ex-cardiologue pourra bénéficier de sorties sans accompagnement, entre huit et 16 heures par jour, et il pourra même aller dormir chez des membres de sa famille.

«Très fragile»

Guy Turcotte «ne présente actuellement aucune psychopathologie. Tous les spécialistes s'entendent sur ce point», écrivent les commissaires Lucien Leblanc, Médard Saucier, Joseph Anglade, Chantal Caron et Georges Painchaud.

Toutefois, «la Commission conclut que l'accusé demeure très fragile. La preuve n'a pas démontré qu'il a acquis les habiletés nécessaires pour faire face aux très grandes difficultés qu'il va rencontrer sur le chemin de sa réhabilitation. Cette grande fragilité et l'insuffisance de moyens développés par l'accusé pour la contrer constitue un risque réel de rechute. Ce risque n'est pas hypothétique mais plutôt bien étayé par la preuve».

Ainsi, les commissaires estiment que «dans un contexte de rechute entraînant une désorganisation de son état mental, l'accusé représente un risque important de poser des gestes de nature criminelle mettant sérieusement en danger la sécurité physique ou psychologique d'autrui (...), en tenant compte de la gravité des gestes qu'il a posés dans un tel état» en 2009.

De plus, la Commission croit «nécessaire de prendre des mesures pour assurer la sécurité physique et psychologique de deux des personnes très affectées par les gestes de l'accusé, soit son ex-conjointe et le nouveau conjoint de celle-ci». Les commissaires interdisent donc à Turcotte de communiquer avec Isabelle Gaston et Martin Huot ou de se trouver à moins de 500 mètres de leur résidence et lieux de travail.

Thèses opposées

Guy Turcotte est détenu à l'Institut Pinel depuis juillet dernier, alors que les jurés de son procès ont rendu un verdict qui a choqué la population québécoise au terme d'un procès hautement médiatisé.

Le jury avait écarté la thèse de la Couronne voulant que l'accusé ait agi sous la colère, pour se venger de son ex-conjointe, l'urgentologue Isabelle Gaston, qui l'avait quitté pour un autre homme, peu avant le drame. Les témoins experts de la défense arguaient que Turcotte ne savait pas ce qu'il faisait, en raison de l'effet combiné du trouble d'adaptation avec anxiété et humeur dépressive dont il souffrait alors, ainsi que de son intoxication au lave-glace qu'il avait ingurgité afin de tenter de se suicider.

Les spécialistes de l'hôpital psychiatrique montréalais avaient plaidé pour que la Commission ordonne le maintien en détention de leur célèbre patient pendant une année de plus. Ils soutenaient que «rien n'est réglé» dans le cas de Turcotte, qui a refusé toute thérapie afin d'aider les psychiatres et psychologues à comprendre «comment il a pu commettre des gestes d'une extrême violence envers les enfants qu'il aimait, soit Olivier, cinq ans et Anne-Sophie, trois ans. Isabelle Gaston, disant craindre pour sa vie, s'opposait aussi à sa remise en liberté.

Turcotte avait témoigné, en janvier, en se disant un homme «transformé» et «convaincu» de ne représenter aucun danger pour personne. Soulignant sa «progression», deux psychiatres l'ont qualifié de «candidat idéal» à une libération, en ajoutant qu'il sera suivi par des spécialistes à l'externe. La famille de Turcotte a fait valoir que «tout était prêt» pour l'accueillir une fois sorti de l'Institut Pinel.

 

 

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