/opinion
Navigation

L’accent qui trahit

Coup d'oeil sur cet article

Ma fille vient de fêter ses 10 ans. C’est l’âge que j’avais quand je suis arrivée au Québec. En la regardant aujourd’hui, je trouve que c’était bien jeune pour immigrer dans un nouveau pays. C’est jeune, mais tout de même assez vieux pour se rendre compte du peu d’ouverture de la terre d’accueil.

Des « Retourne dans ton pays, maudite Française ! », j’en ai entendu souvent. J’ai pleuré en maudissant cet accent qui trahissait mon lieu de naissance. J’ai vite appris à sacrer et lu Michel Tremblay en boucle pour pratiquer cette langue qu’il met si bien en scène. Ça a fini par marcher. J’étais Québécoise.

Parfois, je l’avoue, j’avais honte de ma mère qui traînait encore avec elle son accent français. « Maudit. Maman, fais donc comme icitte pour qu’ils arrêtent de nous regarder ! »

C’était il y a longtemps. Les mentalités ont changé. Le Québec a évolué. Mais l’immigration inquiète encore. Le nombre d’immigrants « tolérables » ne fait pas unanimité : 45 000 ou 49 000 ? Un chiffre n’a pas de visage. Et un immigrant reste toujours un immigrant aux yeux de certains Québécois.

Et si cet immigrant a le malheur d’être issu d’un des deux peuples fondateurs, Anglais ou Français, on lui en tient rigueur longtemps. Ça doit être à cause de ça. Sinon, c’est quoi ?

Complexe d’infériorité

Cette semaine, mon beau-fils de 30 ans s’est fait traiter de « Français » au travail. Ça m’a fait mal. Comme quand j’avais 10 ans. Lui en avait 12 quand il est arrivé de France avec ses parents. Faites le calcul. Il est donc plus Québécois que Français. Et il n’a pas plus d’accent que moi.

Bon, peut-être des fois. Pis ? S’il était Haïtien ou Algérien, diriez-vous « le Noir » ou « l’Arabe » ? Non. Parce que ce serait raciste. Il faut croire qu’au Québec mieux vaut être une minorité visible qu’audible. Je dirais même plus : mieux vaut être Noir ou Arabe que Français. Ouch ! On vient de toucher au bobo.

Je vous raconte ça parce que c’est bientôt la Saint-Jean Baptiste, la fête de « tous les Québécois ». On va nous rabâcher du « Nous inclusif », les « de souche » vont nous rappeler qu’ils étaient là avant, et tila didam tidi la didam... Les Anglais iront magasiner à Plattsburg en attendant que ça passe. Et les Français ?

Ils se mêleront à la foule, fleur de lys sur la joue, bière à la main, en chantant du Vigneault.

Car il n’y a pas plus proche d’un Québécois qu’un Français. Ne soyons donc plus complexé l’un et l’autre.

Au moment où l’on se trouve des affinités avec le Chili, rappelons que l’immigration francophone a bien des avantages. Prenez mon cas, par exemple : vous n’avez jamais payé une cenne pour m’apprendre la langue du pays; ma famille n’a jamais « collecté » ni chômage ni « BS », ni demandé d’accommodement.

Mon pays, c’est ici

Mon père était entrepreneur et il a payé plus que sa juste part d’impôts avec fierté. « C’est rendre hommage au Québec qui nous a accueilli », disait-il. Il avait pris l’accent tout en restant un peu Français. Il aimait profondément le Québec. C’est ici qu’il est enterré.

P.-S. À ceux qui n’ont pas compris mon texte et qui ne pourront s’empêcher de me dire « Si t’es pas contente, retourne dans ton pays ! », sachez que mon pays, c’est ici.

Commentaires