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Marie-Claire Blais – Le jeune homme sans avenir

Brillant portrait de notre temps

Le jeune homme sans avenir
Photo Courtoisie Marie-Claire Blais, Le jeune homme sans avenir Les éditions du Boréal, 304 pages

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Dans le sixième tome de la série Soifs, Le jeune homme sans avenir, l’écrivaine Marie-Claire Blais dresse un portrait lucide, audacieux, poétique, puissant et criant d’authenticité de la société actuelle en superposant trois univers, celui d’un écrivain, d’un ado musicien et d’un ancien travesti plutôt mal en point.

Marie-Claire Blais, acclamée comme l’un des grands écrivains de sa génération, lauréate de nombreux prix, poursuit son immense projet de déchiffrement du monde avec sa suite romanesque.

Dans Le jeune homme sans avenir, elle décrit avec humanité le quotidien de Daniel, un écrivain retenu captif de longues heures dans un aéroport d’une île paradisiaque, à cause du retard de son vol. En parallèle, le lecteur côtoie Fleur, un adolescent musicien, ancien enfant prodige, qui vit dans la rue dans une grande marginalité. Puis Petites Cendres, un ancien travesti plutôt mal en point, qui reste dans son lit plutôt que d’assister au couronnement de son ami, Reine des nuits.

Portrait d’un temps mobile

« Comme avec les autres qui précèdent, je voulais faire avec Le jeune homme sans avenir un portrait de notre temps. Un portrait d’un temps très mobile, où la beauté confronte la laideur », partage-t-elle en entrevue depuis son domicile de Key West, en Floride.

Elle souhaitait parler non seulement de marginalité, mais aussi du fait d’être exclu complètement. Elle décrit Fleur, Kim et plein de gens qui n’ont pas de destin défini et errent dans le livre, au début. « C’est pour démontrer un peu ce qu’ils ressentent de l’intérieur. Bien sûr, ça vient de beaucoup d’écoute et de conversations, et d’un sentiment d’intimité avec eux. C’est important de parler de gens qui ont des valeurs de la vie tellement opposées à la société et à ce que la société offre. »

Coincé dans l’aérogare

Marie-Claire Blais a déjà fait l’expérience de longues attentes dans les aérogares, comme Daniel, son personnage. « Quand on voyage beaucoup, on a souvent des problèmes de ce genre... », dit-elle avec un petit rire. « Évidemment, dans le livre, c’est presque symbolique, l’attente de l’avion, les vols qui ne partent pas, qui reviennent, etc. Mais ça permet de situer le monde contemporain dans lequel on vit parce que c’est souvent comme ça. On vit beaucoup d’attente même si tout devrait fonctionner extraordinairement bien. »

Daniel, écrivain, a tout le loisir de reconstruire tout un monde à partir des interminables heures d’attente dans une aérogare dont les fenêtres laissent voir la mer. « Il peut découvrir des êtres nouveaux. En fait, il en découvre pendant les six heures où il attend. Il découvre tout un monde. Un monde familier, tout à coup. Il rencontre des gens de toutes sortes. C’est tout un monde sociologique. Il ne le découvre pas : ça perpétue sa découverte qui est celle de l’écrivain toujours en train d’observer. C’est un moment d’arrêt qui lui permet aussi de réfléchir à toute sa vie. »

Portrait social

Marie-Claire Blais en profite pour soulever toutes sortes de problèmes de société. Elle relate des faits divers, réfléchit sur la différence, l’intimidation, la présence et l’importance de l’art. Le roman est très dense et l’occasion de s’arrêter et entamer une réflexion est très présente. Elle rue dans les brancards, imagine une alliance contre tous les crimes de la haine, parle d’amour, d’amitié, d’espoir, de désespoir.

Le personnage de Fleur a été pour elle d’une grande importance. « On voit tellement de jeunes gens comme lui... Je ne dirais pas qu’on en voit des milliers, mais c’est un garçon exceptionnel. Je crois qu’on voit beaucoup de ce gâchis d’un grand talent d’un jeune homme qui vient d’une vraie vie. Je l’ai observé dans une vraie vie. C’est pas un rêve, c’est pas une invention. Je l’ai vu, je l’ai connu. Il n’y a pas que lui: ils sont plusieurs à être comme lui, que j’ai connus. Mais je crois qu’il est un être exceptionnel et c’est le drame de cette vie d’être riche en talent et d’être si pauvre, si démuni, et de ne pas être compris. »

L’importance des arts

Les arts en général sont très présents dans le livre: musique, théâtre, arts visuels, opéra. « C’est une préoccupation qui est constante dans toute cette série de livres : comment peut survivre l’art? Mais dans Le jeune homme sans avenir, il y a beaucoup de personnages artistiques parce que, pour moi, c’est essentiel de parler d’êtres dont on ne parle que très peu, en fait, dans l’écriture, dans les romans et dans les livres. »

 

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