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Panser les plaies

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La première semaine de course se termine avec plusieurs éraflures et au moins trois aspirants importants qui devront changer de stratégie pour la suite.

« La plaie est la blessure de base du cycliste », disait l’auteur Paul Fournel. Suivent dans l’ordre le mal de dos, la douleur au périnée, aux pieds et la célèbre tendinite. Huit coureurs ont déjà quitté le Tour prématurément.

Chaque fois que l’accrochage se produit, je grimace et je crie devant le téléviseur. Chaque fois que je vois le sang couler, je souffre par procuration. Lorsque je vois la hanche gauche amochée de Ryder Hesjedal, je sais qu’il peine physiquement et mentalement pour rallier l’arrivée.

Je sais qu’il rumine sa défaite et que l’inconfort l’empêchera de dormir convenablement. Schleck et Gesink ont aussi laissé leurs espoirs au fossé hier.

Si les plaies ne s’infectent pas, la peau se reforme toujours et le bronzage camoufle les cicatrices.

La peur

Parfois, on pourrait croire qu’ils ont des os en carbone et des clavicules en titane. N’importe quel être humain normalement constitué deviendrait le moindrement craintif après une lourde chute qui laisse quelques séquelles. La peur vous fait perdre vos moyens. Les pros pratiquent leur métier, mais aucun d’entre eux n’aime visiter le soigneur pendant une heure pour se faire enrubanner comme une momie. La formule 1 est souvent moins dangereuse pour les pilotes.

En remontant sur leur vélo, la logique voudrait qu’ils courent moins de risques, qu’ils demeurent sagement à l’abri dans le peloton. Tyler Farrar n’aime pas le danger. Il a compris, contrairement au gros déménageur allemand Andre Greipel, qui continue de frotter le couteau entre les dents à 70 km/h dans le final malgré les mésaventures. Dans son cas, la frustration a surpassé le mal. Pas pour Cavendish.

Baveux

La tentation est forte de répéter les mêmes conclusions sur Peter Sagan. À la Eddy Merckx, il trouve encore une façon de gagner. « Il finira bien par avoir 50 ans un jour », disait-on dans un film culte avec Benoit Poelvoorde. Pour battre Greipel, remorqué de belle manière par une locomotive de cinq équipiers et un finisseur de luxe aux 400 mètres, il faut être drôlement habile, rapide et baveux. Côte à côte pour le triplé. Qui d’autre avant le Slovaque a gagné trois étapes à son premier Tour?

Sur 199 km aujourd’hui, les protagonistes se disputeront un premier round sérieux, et le maillot jaune devrait changer d’épaules.

Le col de la Grosse Pierre, le col du mont de Fourche et La Planche des Belles Filles avec des passages à 13 % feront crouler les gros moteurs diesel.

Toujours alerte

Wiggins, qui a perdu un équipier précieux en Sivtsov, ne voudra certainement pas endosser le jaune trop vite. Chavanel mérite un jour de gloire. Une échappée pourrait finalement être récompensée.

Pour ceux qui blâment les oreillettes, les cyclistes sont capables de lire le tableau de l’ardoisier pour juger des écarts. Je n’aime pas l’idée de se priver volontairement d’une technologie existante. Pourquoi alors ne pas plaider en faveur du retour des casques à boudin? Une tête de cuir ne serait pas mieux que le nouveau GIRO, totalement horrible, ou le casque jaune, une mauvaise idée pour identifier la formation qui mène le classement des équipes.

Cadel Evans m’inspire confiance. Toujours alerte et aux avant-postes, il évite les pièges et ne néglige aucun détail.

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