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Le vrai message

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Photo Jean-François Desgagnés Outre l’exemple de sa survie et ses collectes de fonds notamment par la voile, le docteur et vulgarisateur Robert Patenaude a rédigé trois bouquins : Les maladies malignes du sang, Survivre à la leucémie et 24 heures à l’urgence.

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Affronter l’Atlantique à bord d’un voilier dans un contexte hautement compétitif où il peut mettre à profit son expertise de la navigation afin de contrôler plusieurs éléments de la course entre Québec et Saint-Malo, voilà une façon exceptionnelle de célébrer son 30e anniversaire d’une victoire sur la mort après une dure bagarre presque perdue à l’avance contre le cancer.

Le skipper québécois Robert Patenaude a délaissé pour six mois son boulot exigeant d’urgentologue à l’hôpital Honoré-Mercier, à Saint-Hyacinthe, afin de réaliser la Transat anglo-américaine entre Plymouth, en Angleterre, et Newport, au Rhode Island, ainsi que la Transat Québec−Saint-Malo.

Le rêve ne devait plus attendre. Il a appris jadis par la plus terrible manière qu’il ne fallait pas repousser trop longtemps ses ambitions et ses projets.

À l’âge de 23 ans, en 1981, en deuxième année de médecine, il apprend qu’il souffre d’une leucémie myéloïde chronique, pratiquement incurable à cette époque. Son médecin lui alloue une espérance de vie de plus ou moins 24 mois. Plutôt que de baisser pavillon, il a levé la grande voile vers le cap de la guérison.

« Il m’a été proposé de subir une greffe de la moelle osseuse, qui était alors un traitement expérimental. Il montrait un taux de guérison de 20 %. On ne m’offrait aucune autre option. Ma sœur, aujourd’hui décédée, a accepté de me faire ce don de vie », raconte-t-il. Il devient donc le premier patient de l’unité de transplantation de moelle osseuse de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Second message

Il s’ensuivra un combat cruel, décourageant par moments. Il reste longtemps cloué à son lit d’hôpital; une fois sorti, il y reviendra plusieurs fois. « Les complications ont été nombreuses : pneumonie, problème cérébral, hémorragie, perte de vision d’un œil et un rejet qui a duré deux ans. »

Passionné par la voile depuis ses 13 ans, le futur doc Patenaude tapisse sa petite bulle aseptisée du centre hospitalier de photos de voiliers et de ses grands champions. « Je me répétais constamment que, si je m’en sortais, je me lancerais à fond dans la voile. »

Il a survécu à cette épreuve. Cinq ans après le diagnostic, on lui annonce que son cancer est guéri. Il pourra reprendre ses études. Mais qui connaît véritablement avec certitude son destin quand cette saloperie de maladie frappe? C’est cette bonne nouvelle qu’il fêtera officiellement en novembre.

La fragilité de la vie

« Ma philosophie de la vie a totalement changé après, affirme-t-il sans surprendre celui qui l’écoute. J’ai décidé d’en profiter au maximum et de ne pas attendre ma retraite pour réaliser plusieurs grands projets. La vie se révèle tellement fragile. Ma profession d’urgentologue, que je pratique depuis 25 ans, me le rappelle à chaque jour que je travaille. »

Comme s’il avait besoin d’un second signal, le décès de sa mère, qui l’a replongé dans la maladie en 2011, lui fait comprendre qu’il ne doit plus remettre à plus tard son rêve de réaliser les deux transats mentionnées précédemment, ses courses fétiches. Il a donc acheté, en France, un voilier 2007, classe 40, première génération, dont la manœuvre constitue un délicieux plaisir.

« J’ai terminé troisième après 18 jours en mer lors de la Transat anglo-américaine, devancé par des Belges et des Italiens expérimentés, qui bénéficient de très gros budgets. J’en ai retiré beaucoup de satisfaction. Quant à la Québec−Saint-Malo, elle s’inscrit parmi les gros défis qu’on peut relever en 2012 tout en demeurant un sport assez sécuritaire. »

Savoir persévérer

À la barre de son magnifique voilier lors des compétitions, ce survivant de l’enfer réfléchit souvent au privilège que la vie lui a accordé en réponse à son acceptation de se battre pour prolonger son existence au-delà de la vingtaine. Il garde tellement d’images en mémoire. Il en livre un exemple.

« Dans l’Atlantique Nord, à 350 milles du Groenland, je surfais à 16, 17 nœuds quand j’ai vu des dauphins sauter alentour du bateau. Ils m’accompagnaient. Je me suis demandé s’il ne s’agissait pas d’un message de la mer. »

Sa vaste expérience tant personnelle que professionnelle de la maladie lui a permis de tirer la conclusion qu’en général, on apprécie davantage la vie lorsqu’on vit à des expériences difficiles. « Il faut savoir persévérer, se convaincre qu’on peut résoudre tous les problèmes qui se présentent. Je demande souvent aux gens que je rencontre de ne jamais lâcher même si on traverse les pires épreuves de notre vie. »

Récolte de fonds

Par la Transat, celui qui occupe depuis cinq ans la fonction bénévole de porte-parole du Centre de recherche de l’Institut de recherche en immunologie et en cancérologie de l’Université de Montréal (IRIC) récoltera des fonds. Il a remis dans son mandat un peu plus de 1,5 millions de dollars.

« Le cancer se vaincra par la recherche. Il ne faut surtout pas sabrer dans les budgets. Les dons doivent être bien dirigés afin que l’argent soit remis dans sa totalité aux chercheurs. C’est le cas avec l’IRIC. Nous allons vers des thérapies ciblées qui feront du cancer une maladie chronique comme le diabète. Sous médication, il n’évoluerait plus. Mais il reste tellement de travail à accomplir. »

On ne s’étonnera pas que le bateau de ce battant se nomme Persévérance.

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