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Éole se fait désirer

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Les coureurs au large à la voile sont très souvent éprouvés par le manque de vent, les calmes plats et tout ce qui les empêche d’aller vite.

Lundi, ça a été pénible d’éviter de s’échouer sur l’île Rouge. Nous avons dû redoubler d’efforts et, cela encore, en raison de l’absence de vent. Celle-ci, maintenant sur notre bâbord arrière, je pensais bien que le vent se pointerait le bout du nez afin de nous permettre de rattraper la flotte. Les équipiers s’informant auprès de moi des prochaines conditions météo, notre spécialiste de la météo s’installe au carré et pitonne afin d’en savoir davantage sur le sujet.

Effectivement, ce sont les vents et l’état de la mer qui nous préoccupent. En résumé, tout ce que nous ne contrôlons pas. Pour un navigateur, il suffit de réaliser que l’unique solution consiste à s’adapter et à bosser dur afin de faire marcher ce grand bateau qu’est l’Océan Phénix. Par exemple, hier après-midi, sur les 35 milles en amont du Bic, une fois de plus nous avons dû combattre la dérive et avons été victimes de la pétole.

Personne à bord n’ose faire mention de nos complications passées, de nos fausses joies lorsque par unique choix, nous nous fions aux prévisions favorables annoncées sur les plus récents fichiers météo. Nous devons prendre ce qui passe en nous disant qu’en course océanique, il y a tout ce que nous ne pouvons changer et que nous devons vivre et subir.

Approche prudente

La soirée du 23 juillet est belle. Le vent souffle à 15 nœuds, ce n’est pas énorme, mais ça suffit pour faire avancer l’Océan Phénix vers la marque de parcours de Rimouski. Notre approche se fait prudemment, deux équipiers se postent sur le pont avant à la recherche du feu lumineux de la bouée que nous devons contourner en gardant une distance sécuritaire du grand quai du phare de Pointe-au-Père.

Du passage étroit que nous franchissons, nous apercevons dans l’obscurité les silhouettes des spectateurs en attente sur le quai. Notre passage nous mérite des applaudissements et des coups de klaxon. Ensuite, la voix sur la VHF nous fait entendre : « Passage confirmé du Océan Phénix à 21 h 30 ». Une autre marque de parcours de complétée. Enthousiastes, nous mettons le cap sur Matane. Le vent se met de la partie. Les voiles sont gonflées à bloc, nous filons allègrement à 12, 13, 14 nœuds en parallèle avec la côte gaspésienne.

Vitesse

La nuit, tout est gris. Lorsque les rafales se font sentir, l’indicateur de vitesse s’affole. Nous sommes tous contents de voir défiler sous nos yeux fatigués les villages illuminés comme si nous les biffions sur la carte électronique de l’écran fixé à la barre à roue. René, caméra à la main, sous les lumières des lampes frontales, filme l’action qui se déroule au cockpit avant que nous n’arrivions à Matane, la prochaine et troisième marque de parcours. Pierre lance un appel VHF au comité de course de la transat pour les informer que notre passage sera devancé. Il demande une confirmation de la position de la bouée. L’officiel répond que la bouée est au large du quai et que les gens du comité sont sur un bateau à l’ancre entre la bouée et le quai et que nous ne pouvons les manquer. Pierre répond à la blague : « Nous avons votre bateau en visuel et passerons plus près de la bouée afin de s’assurer de vous éviter! » L’officiel confirme le passage à 2 h 14 min 55 s.

Pendant que je continue de discuter avec les officiels, l’équipage manœuvre pour s’éloigner de la côte à grande vitesse avec comme objectif la prochaine marque de parcours de Ste-Anne-des-Monts.

Autre mauvais coup du sort, moins de 10 minutes se sont écoulées lorsque qu’Éole nous laisse tomber une fois de plus. Une nouvelle pétole est à envisager.

 

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