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L'opéra The Tempest

La tempête Lepage a frappé fort

Opera
Photo Daniel Mallard À gauche, Prospero (Rod Gilfry) et Miranda (Julie Boulianne), deux têtes d’affiche de l’opéra.

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Proposition musicale audacieuse, signature visuelle de Robert Lepage, La Tempête a frappé fort, jeudi, lors de la première mondiale de l’opéra de Thomas Adès présenté au Grand-Théâtre de Québec.

The Tempest, c’est la tragédie et le désespoir. L’oeuvre de Shakespeare créée en 1611 raconte l’histoire de Prospero, déchu de son trône de duc de Milan et exilé sur une île déserte avec sa fille Miranda. Il utilise la magie, par l’entremise de l’esprit Ariel, afin de provoquer le naufrage du navire de ses ennemis, pour les soumettre ensuite à des épreuves où ils sortiront tous transformés.

L’opéra du britannique Thomas Adès, qui est très contemporaine, est aride musicalement. Les lignes mélodiques sont rares, mais elle traduisent avec justesse la tragédie qui se déroule sur l’île de Caliban.

The Tempest, c’est le drame de Prospero, ayant perdu son trône, c’est celui du Roi de Naples, dont le fils Ferdinand est rapporté disparu en mer, c’est celui de l’équipage qui a fait naufrage et c’est ausi celui de Miranda, dont le père veut l’empêcher de connaître l’amour. The Tempest n’est pas un conte de fée.

Belles trouvailles visuelles

Robert Lepage et l’équipe d’Ex Machina ont mis en place de belles trouvailles visuelles pour appuyer le livret de Meredith Oakes. Le naufrage d’ouverture avec une spectaculaire Ariel suspendue à un lustre tournoyant au dessus d’une mer frétillante et enragée est spectaculaire. Il donne le ton.

L’île est reproduite dans une salle d’opéra abandonnée où le spectateur a l’impression d’être sur les planches.

Au début du deuxième acte, le rideau s’ouvre sur une ensorcelante forêt qui se déploie sous nos yeux. Le spectateur a maintenant retrouvé sa place devant la scène.

Transformation

Robert Lepage déploie toute la grandeur de son art lors du troisième acte. Les chanteurs sont dans le désordre des coulisses avec des escaliers et des échaffaudages et tout à coup, tout se transforme. Le spectateur se retrouve sur le côté et avec une scène découpée en deux. La perspective est intéressante. Lepage brise les conventions sans rien dénaturer.

C’est l’heure de la rédemption et du calme après la tempête dans une fin lumineuse et troublante. Les personnages sont transformés. La vie peut reprendre son cours.

Le ténor Frédéric Antoun (Caliban), la mezzo Julie Boulianne (Miranda), le ténor Antonio Fugueora (Ferdinand) et l’excellent Joseph Rouleau, dans le rôle de Gonzalo, se sont démarqués côté voix.

Audrey Luna (Ariel) a été spectaculaire avec la voix de la magie et un registre particulièrement élevé, mais tout en douceur à la fin. La soprano est aussi acrobatique avec un jeu particulièrement physique. Le public, frappé par la grandiosité de l’oeuvre, a mis du temps à se lever avant d’ovationner longuement les artisans de cette production.

The Tempest est de retour au Grand-Théâtre demain, lundi et mercredi. L’oeuvre de Thomas Adès sera ensuite présentée en octobre et novembre au Metropolitan Opera de New York.

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