/opinion
Navigation

L'appétit d'ogre du CIO tuera-t-il les Jeux d'été ?

Coup d'oeil sur cet article

Ça coûte cher les Jeux d'été, très cher. Trop cher ? Ça dépend du point de vue. Pour la ville et le pays organisateurs, je présume que quelque part, on y trouve son compte d'une manière ou d'une autre. Autrement, pourquoi les candidates continueraient-elles à se bousculer au portillon pour les obtenir ? Que ce soit pour le prestige, l'orgueil national, la visibilité médiatique, les retombées économiques de tous ordres, la possibilité de faire des investissements dans une foule d'infrastructures et sans lesquels Jeux on ne pourrait les consentir, les postulants peuvent invoquer mille et une justifications en appui à leur prétention. Chose certaine, il semble maintenant clair qu'à défaut d'un engagement total de l'État, aucune ville, même d'importance comme Londres ou Rio, ne pourra à l'avenir être l'hôte des Jeux.

Pour le CIO en revanche, il semble que ce ne soit jamais assez cher. Ses exigences financières vont sans cesse en augmentant. Cela est particulièrement patent dans le cas des droits de télévision. Or, ces droits constituent justement le nerf de la guerre : pour les commanditaires, les diffuseurs et, bien sûr le CIO. Si ces droits appartiennent au CIO, on peut dire que le CIO appartient aux commanditaires. Ce sont eux, in fine, qui sont les véritables propriétaires des Jeux. Ils versent conjointement des milliards et comptent bien en retour obtenir une visibilité médiatique et un retour sur investissement qui vaille la peine.

La clef se trouve donc dans les mains des télédiffuseurs... qui perdent de l'argent depuis des années. Pourtant, certains d'entre eux continuent de déverser des milliards dans les coffres du CIO. NBC a récemment promis 4,38 milliards $ pour conserver les droits des Jeux jusqu'en 2020. Même s'il a perdu plus de 200 millions $ lors des derniers Jeux et qu'il prévoit en perdre autant cette année, ses dirigeants croient l'exercice profitable à l'avenir. Ça reste à voir. Cependant, il semble qu'un début de fronde soit en train de se lever et qu'il provienne du Canada. En effet, le consortium formé de Radio-Canada/CBC et Bell s'est retiré de la course suite aux demandes du CIO. Trop cher. On avait pourtant fait une offre de 70 millions $. Dans le cas d'un petit pays comme le nôtre, c'est quand même l'équivalent de 2 dollars par tête de pipe.

Est-ce le début d'une tendance ? D'autres diffuseurs suivront-ils ? J'en doute. Je crois même que l'on finira ici par s'entendre. Ni le pays, ni le CIO ne peuvent se permettre de ne pas être de la partie. Les Jeux sont trop importants, le phénomène trop grandiose et l'intérêt du public trop avide pour qu'il en soit autrement. Aucun autre événement, à l'exception des grandes tragédies, ne réunit dans un même esprit, festif celui-là, l'ensemble de la planète. C'est là où le sport est une religion au sens premier du terme, celui latin de religare : réunir, mettre ensemble. Et la grand-messe des Jeux olympiques est là pour rester.


►La conversation se continue sur le blogue olympique du Journal : https://blogues.journaldemontreal.com/londres2012

 

Commentaires