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Pour quand le spi?

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Depuis quelques décennies, les voiliers de course au large évoluent constamment, permettant ainsi de plus en plus de vélocité. Cela est rendu possible en raison de leur forme planante, de la technologie en général et des importantes superficies de voilure utilisées.

L’Océan Phénix est un VOR 60 de 65 pieds de coque, de 97 pieds de mâture et d’une quille de 13,6 pieds pour un déplacement de 29 700 livres. Il a été conçu pour la course au large avec un équipage de 13 personnes, habituellement des professionnels. C’est un voilier performant qui demande énormément d’énergie comparativement au voilier Classe 40 beaucoup plus petit, plus léger et beaucoup plus facile à manœuvrer, étant conçu pour des équipages réduits.

Trouver la limite

Pour l’équipage du Océan Phénix, bien naviguer et de façon sécuritaire exige quelquefois de définir où se trouve la limite de sécurité à respecter pour l’équipage actuel. Voilà pourquoi certaines décisions doivent être prises selon les conditions et les circonstances que nous vivons et vivrons tout au cours de cette transat Québec - Saint-Malo.

Le jour du départ, tout se déroule comme prévu jusqu’à ce que notre spi léger SEB, celui qui rend Sébastien très fier, se déchire à la suite d’un empannage. Le spi de 5,260 pieds carrés se sectionne en deux morceaux sur la quatrième barre de flèche. Ça nous désole en grand, ça n’a pas de bons sens de briser du matériel après seulement quelques heures du départ. De plus, ça nous fait perdre de précieuses heures sur nos concurrents. On se dit que la course est encore jeune. Pour la suite, le vent se fait faiblard. Une fois dépassé Percé, nous mettons le cap à l’est en direction de Saint-Pierre-et-Miquelon avec la ferme intention de nous repositionner en avant-poste. Le lendemain matin, nous hissons le spinnaker en kevlar K22. Une voile blindée, puissante dans la brise. Enfin, nous filons à des vitesses variant entre 14 et 20 nœuds. Tout l’équipage est concentré. Cependant, l’état de la mer combiné à la vitesse et au vent nous dicte de diminuer la voilure.

Juste au moment où nous nous apprêtons à réduire la voilure, le barreur perd le contrôle du voilier qui monte au vent, une pièce à l’étrave cède sous la pression et le spi s’envole en tête de mât et emporte avec lui le balcon avant. Encore une fois, une situation incontrôlable et peu réjouissante. Par contre, ce qui est réconfortant, tous les équipiers s’en sortent sans aucune égratignure. La conclusion de ce nouvel épisode se traduit par une gigantesque corvée de bricolage. Plusieurs heures perdues, des concurrents qui, durant ce temps, filent à vive allure sans qu’on puisse rien y faire, sans oublier la fatigue accumulée.

Consigne

Considérant les conditions de la mer, même si cela s’avérait possible, la consigne est de s’abstenir d’utiliser un spi tant et aussi longtemps que les filières et le balcon ne sont pas encore réparés, ceux-ci ne protégeant pas les équipiers lors des manœuvres à l’avant, ne pouvant pas les retenir pour éviter qu’ils tombent à la mer. Cette fois encore, il nous importe de favoriser la sécurité au lieu de la performance.

Hier soir, la brise soufflait régulièrement. Nous hissons un spinnaker sur chaussette. Ça ne fonctionne pas du tout. La drisse fait des tours, la chaussette du spi refuse de monter et pas moyen de redescendre le tout. Il fait déjà sombre et il est impossible de voir ce qui se passe à 25 mètres au-dessus du pont. Nous nous posons la question suivante : est-ce que la drisse est sortie de son réa? Sébastien monte à mi-mât pour sangler ce grand boudin qui valse en tous sens en attendant les premières lueurs du jour. Dès l’aurore, René grimpera avec un plaisir fou pour aller libérer les cordages récalcitrants.

Ce nouveau problème réglé, depuis ce matin, nos voguons sous spi à bonne vitesse.

Vitesse du bateau au moment de l’envoi de ce texte : 20 nœuds

Spinnaker: voile d’avant légère, très creuse et très grande, utilisée aux allures portantes.

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