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Navigation

Dépression oblige

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L’océan est toujours en mouvement, tout comme son environnement, l’atmosphère qui génère vents et nuages à un rythme effréné. En raison de ces mouvements perpétuels, l’océan est constamment source de changements. Du même coup, notre navigation s’en trouve influencée, quelquefois de manière défavorable.

Tout d’abord, lorsque nous faisions route vers Cap Race, les fichiers météo indiquaient que la route du Nord (au-dessus du 50e parallèle) était d’un calme à décourager tout voilier de course d’aller jouer dans ces eaux tranquilles.

Nous n’avions d’autre choix que de filer plein cap à l’est et, par la suite, de remonter vers le nord en bordure d’une dépression, car une fois de plus, les hautes pressions sur bâbord ne promettaient que peu de vent. Dans les circonstances, c’était le seul choix raisonnable à faire pour éviter d’être encalminés, ce qui est autant difficile à supporter que d’avoir du gros temps.

La dépression montait l’Atlantique-Nord et nous profitions de son vent pour remonter, bien qu’elle se déplaçait à une vitesse supérieure à la nôtre. L’Océan Phénix, profitant du vent de cette perturbation, avait réussi à éviter les zones sans vent qui l’entouraient.

Piégé

Mais par la suite, tout ne s’est pas déroulé nécessairement comme nous l’avions planifié, car la dépression est demeurée stationnaire tout près de l’Irlande pour ensuite redescendre contre notre route. On s’est retrouvés alors piégés et nous avons rencontré des zones de vent à 40 nœuds avec une mer atteignant un maximum de 8 mètres.

Avec la hauteur des vagues, l’Océan Phénix s’est payé des surfs variant entre 18 et 22 nœuds. C’étaient les vagues par le travers qui incommodaient le plus l’équipage. Elles venaient frapper brutalement le franc-bord tribord et la seconde d’après, cette masse d’eau était propulsée dans les airs pour finir sa course sur le pont en éclaboussant du même coup les équipiers qui étaient de quart.

Patience

Ce genre de rodéo a duré tout l’après-midi. Finalement, nous avons dû nous résoudre à tirer un bord vers le sud-est afin de nous éloigner du centre de la dépression et de retrouver une zone de navigation moins perturbée. La damnée dépression redescendit encore pour alimenter notre zone en rafales. Bientôt, nous aurons enfin les vents adonnants qui nous permettront de rejoindre l’entrée de la Manche.

La voile est un sport qui met la patience des équipages à rude épreuve et peut paraître singulier pour les gens à terre qui n’ont pas à composer avec le vent et la mer!

Encalminé : situation dans laquelle se retrouve un voilier lorsqu’il est dans une zone sans vent.

Franc-bord : distance verticale de la coque entre la ligne de flottaison et le pont.

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