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Un bulldozer nommé Barrette

Bloc Samson

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Gaétan Barrette a bien soupesé tous les scénarios avant de plonger : la prise du pouvoir, l’opposition officielle et même la deuxième opposition et le peu de place dans le débat public qui vient avec ce dernier statut.

« J’y vais parce que j’y crois », lance-t-il, référant aux solutions qu’il a avancées la semaine dernière pour soulager les maux du réseau de la santé. « Je rétrograde en allant là », ajoute-t-il au sujet de la rémunération qui l’attend s’il est élu.

La présence dans la présente campagne de candidats du calibre du Dr Barrette est même surprenante, dans le contexte de cynisme à l’endroit de la classe politique. Des personnes de valeur comme lui s’engagent encore par passion, convaincues qu’elles peuvent apporter une contribution valable pour faire progresser la société québécoise. Tous les partis ont réussi à en recruter quelques-unes.

Le simplisme

Gaétan Barrette se fait reprocher par ses adversaires d’apporter des solutions simplistes en préconisant de forcer les médecins à accroître leur productivité. Il argumente avec conviction en s’appuyant sur des données chiffrées. Demander à un omnipraticien de voir 25 patients par jour, c’est tout à fait raisonnable, soutient l’ex-président de la Fédération des médecins spécialistes, tout comme d’avoir 1 400 patients en moyenne, insiste-t-il, en tenant compte du nombre de cas lourds et de la composition socioéconomique du milieu.

En échange, il promet à la communauté médicale une rémunération compétitive, de la débarrasser de la paperasse inutile sous laquelle elle est enterrée et d’alléger la structure actuelle, avec ses 18 agences de la santé et des services sociaux qui sont des dédoublements du ministère.

Le Québec est la province qui consacre le plus fort pourcentage de son budget à la santé, 44,4 % en 2009, comparativement à 37 % en Ontario. Le Québec a 18 agences de la santé et des services sociaux; il y en a 14 en Ontario pour une population une fois et demie plus nombreuse et cinq en Colombie-Britannique.

Notre réseau de la santé emploie jusqu’à 265 153 personnes. Le ministère, ses organismes-conseils et ses agences comptent 8 470 fonctionnaires, soit l’équivalent du nombre de médecins spécialistes.

Imposer

Le scepticisme dans la population se comprend. Les derniers ministres de la Santé n’ont pas eu le courage politique de modifier la structure et d’imposer aux médecins une charge de travail supérieure. Il promet que lui le fera. Je suis enclin à le croire.

Je l’observe depuis plusieurs années. Le caractère du personnage correspond à son physique. C’est un bulldozer. Ses pairs accepteraient ses réformes, selon lui, parce que « les gens finissent par accepter le bon sens quand on leur impose », et il est persuadé que ses remèdes ne relèvent que du gros bon sens, tout en assurant la survie du régime public. Il faut seulement qu’un ministre qui n’a pas froid aux yeux et qui est prêt à imposer soit en poste.

Gaétan Barrette croit aux chances de la CAQ de former le gouvernement, en raison de l’équipe qu’elle présente, même si elle doit remonter toute une côte en campagne. Mais quoi qu’il en soit, s’il devient député de Terrebonne, dans l’opposition, le ministre de la Santé qui sera devant lui se fera chauffer. « Au pouvoir ou dans l’opposition, martèle-t-il, je tiendrai le même discours. »

Je n’en doute pas.

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