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« Il y a de la politique ici, c’est certain »

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Ce n’est pas «uniquement par politesse» que le multimilliardaire Paul Desmarais accueille les financiers et les chefs d’État dans l’opulence de son domaine isolé aux confins des montagnes de Charlevoix.

Ce n’est pas «uniquement par politesse» que le multimilliardaire Paul Desmarais accueille les financiers et les chefs d’État dans l’opulence de son domaine isolé aux confins des montagnes de Charlevoix. C’est aussi pour faire avancer ses intérêts personnels et ceux de son empire à l’abri des regards, croient plusieurs ex-employés de la famille, qui ont accepté pour la première fois de briser le silence.

«Ce qui est sorti publiquement n’est qu’une petite partie de ce qui se passe, confie un voisin des Desmarais, à Sagard, minuscule village de 170 habitants. Des gens étaient étonnés par la vidéo d’Anonymous. Pas nous. On est habitués», dit-il, à propos de ce film qui avait démontré la proximité de la famille avec Lucien Bouchard, Jean Charest et George H. W. Bush lors d’une fête fastueuse.

Après la diffusion de cette vidéo et les révélations entourant le séjour à Sagard du président de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Michael Sabia, le Journal s’est posé une seule question : pourquoi? Pourquoi les Desmarais, dont la valeur des actifs appartenant à leur entreprise, Power Corporation, frôle les 250 milliards, accueillent-ils en plein bois les gens d’affaires et politiciens les plus influents de la planète?

Notre journaliste s’est rendu à Sagard, où il a rencontré des gens qui ont travaillé pour la famille Desmarais. Si plusieurs ont voulu parler, aucun n’a accepté de le faire à visage découvert.

Plus que de la chasse et du golf

«Les invités ne viennent pas juste pour chasser ou jouer au golf», lance un ex-employé de Paul Desmarais, un magnat qui a déjà été présenté comme l’un des hommes d’affaires bénéficiant d’un des meilleurs réseaux de relations de la planète. Les actifs de Power Corporation sont supérieurs au PIB de plus des trois quarts des pays du monde.

«Je n’arrive pas à croire que tous ses invités soient seulement de bons amis, indique un autre ex-employé. Quand on voit des Arabes arriver et qu’on apprend qu’ils sont parmi les plus riches au monde, on se demande pourquoi ils ont vraiment le goût de venir chasser ici», soupire-t-il.

«Je pense que les employés n’osent pas se poser de questions, relate un ex-travailleur affecté à la sécurité. Il y a des réunions organisées avec des dignitaires où la plupart des employés doivent sortir du bâtiment. Si les invités ont besoin de quelque chose, on doit laisser ça à l’entrée. Moi, je me pose des questions», dit-il.

«Il y a de la politique ici, c’est certain. Il y a trop de gens qui viennent sans qu’il y ait de décisions qui se prennent, opine-t-il. Parfois, je regardais les listes d’invités et je voyais le nom des compagnies qu’ils représentaient. D’autres avaient des titres royaux. Ces gens-là ne viennent pas que pour le plaisir.»

Acheté dans les années 80, alors qu’il s’agissait d’un club de chasse et de pêche, le domaine de l’homme d’affaires franco-ontarien de 85 ans est maintenant «plus beau que ce que vous pouvez imaginer dans vos rêves», lance Serge Asselin, président du Comité des citoyens de Sagard, qui a foulé les lieux avant et après que Paul Desmarais s’y soit installé (voir autre texte en page 2).

Desmarais, un «incontournable»

Les confidences recueillies par le Journal n’étonnent pas ceux qui s’intéressent de près aux activités de la famille. «Les Desmarais ne font rien pour rien. L’État n’a pas d’amis, il n’a que des intérêts. Paul Desmarais s’organise pour être incontournable», croit l’auteur Robin Philpot, paraphrasant le général de Gaulle.

L’ex-ministre péquiste Richard Le Hir, qui a lui aussi rédigé un ouvrage consacré à la légende des affaires, est du même avis. «Pour Paul Desmarais, la politique est un moyen de parvenir à ses fins», a-t-il d’ailleurs écrit dans son livre.

Power Corporation a indiqué que Paul Desmarais n’était pas disponible pour s’entretenir avec le Journal.

√ À la suite de sa vérification à l'égard d'activités de lobbyisme qui auraient pu être exercées auprès de Michael Sabia lors d'un séjour de celui-ci et sa famille à Sagard du 12 au 14 août 2011, le Commissaire au lobbyisme a conclu en août 2012 à l'absence d'activités de lobbyisme.

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