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Un auteur à découvrir

Armel Job – Loin des mosquées

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Étant l’un des neuf invités d’honneur du Salon du livre, l’écrivain belge Armel Job est présentement à Montréal. Une bonne chose, puisqu’on aura ainsi toutes les raisons du monde de dévorer Loin des mosquées, son plus récent roman.

Étant l’un des neuf invités d’honneur du Salon du livre, l’écrivain belge Armel Job est présentement à Montréal. Une bonne chose, puisqu’on aura ainsi toutes les raisons du monde de dévorer Loin des mosquées, son plus récent roman.

Loin des mosquées est sorti en librairie au printemps dernier. En d’autres termes, on est passé à côté de ce petit bijou pendant près de sept mois. Car depuis qu’on a enfin trouvé le temps de le lire, il s’est taillé une place de choix dans notre palmarès des meilleurs livres de l’année et on est même surpris qu’il n’ait encore remporté aucun prix littéraire...

DES NOCES BARBARES?

Sur la quatrième de couverture, on nous dit que l’histoire est déroutante jusqu’à la dernière ligne. Rien de plus vrai, puisqu’elle nous réserve plusieurs revirements de situation franchement inattendus. Mais surtout, elle nous amène aussi à voir d’un tout autre œil les coutumes d’une communauté dont on entend rarement parler.

«J’habite dans une petite ville de province que je ne nommerai pas pour que la communauté turque ne se sente pas visée, explique d’emblée Armel Job, qu’on a pu interviewer plus tôt cette semaine. Lorsque j’étais directeur de lycée, j’ai eu l’occasion de côtoyer cette communauté, puisque tous les enfants fréquentaient mon école. Il y a quelques années, des parents turcs m’ont ainsi invité au mariage d’un de leurs fils. Et c’est en parlant avec le frère du marié que j’ai appris que la mariée venait tout juste d’arriver de Turquie et que les nouveaux époux ne se connaissaient absolument pas. Je ne soupçonnais pas du tout que les mariages arrangés existaient toujours et il y a deux ans, je me suis attaqué à ce sujet en me disant qu’il fallait que je comprenne comment un jeune homme éduqué ayant grandi en Belgique pouvait choisir de se marier avec une parfaite inconnue.»

Pour ce faire, Armel Job a donc donné vie au personnage d’Evren, un Belge d’origine turque de 21 ans plutôt moche qui, le temps de terminer ses études de comptabilité, ira vivre en Allemagne chez son oncle Murat. Là-bas, il fera la connaissance de sa jolie cousine Derya, et il ne tardera pas à en tomber éperdument amoureux. Dès lors, il ne souhaitera qu’une seule chose: l’épouser. Mais Derya l’éconduira sans ménagement et afin de sauver l’honneur de la famille, les parents d’Evren iront jusqu’au fin fond de l’Anatolie pour lui dégoter rapidement une nouvelle femme. Elle s’appelle Yasemin, elle a 16 ans et même si elle connaît à peine son promis, ce mariage arrangé lui convient tout à fait. Elle ne pouvait évidemment pas s’attendre à ce que Derya sonne à sa porte peu après dans l’espoir d’échapper au courroux de son propre clan...

AUTRES PAYS, AUTRES MŒURS

«Pour écrire ce roman, j’ai dû me documenter auprès d’une sociologue de Strasbourg, précise Armel Job. Comme tout le monde, j’étais bourré d’a priori face à cette communauté et mon boulot de romancier consistait à devenir un peu moins bête. Je me suis alors interrogé sur ses coutumes, sur ses problèmes d’intégration et sur la condition des femmes, qui est très différente d’une famille à l’autre. La plupart d’entre elles s’en tirent très bien, mais il y a aussi des victimes.»

Certaines, comme la mère de Derya, sont en effet maltraitées dès le début par leur mari. Et d’autres, comme Derya, connaîtront un sort encore plus terrible parce qu’elles ont attiré la honte sur leur famille en se mettant du rouge à lèvres, en portant une minijupe, en humiliant un cousin pataud ou en adressant la parole à un inconnu.

«C’est un aspect dramatique du roman qui est largement camouflé, affirme Armel Job. En Belgique, ces affaires d’honneur sont

assez rares. Mais en Allemagne, la communauté turque est plus autonome, plus fermée, et les crimes d’honneur sont tellement courants que la chancelière a dû créer une commission pour les traiter. Ils sont cependant très difficiles à détecter, puisque les pères ou leurs fils se servent rarement d’un revolver. Ils préfèrent pousser au suicide celles qui les ont déshonorés.»

Armel Job dénonçant ainsi noir sur blanc une réalité n’ayant rien à voir avec les contes des mille et une nuits, on lui a donc posé une dernière question: craint-il la colère des intégristes musulmans? «Depuis la parution de ce livre, c’est une question que j’ai souvent entendue. Je dois être naïf, mais avant que les journalistes ne me questionnent à ce sujet, ça ne m’avait pas effleuré l’esprit. J’ai simplement essayé d’expliquer comment les choses se passaient dans les communautés turques en espérant que les lecteurs entreraient davantage en empathie avec ces êtres humains qui portent sur leurs épaules le poids d’une culture ancestrale très complexe.»

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