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LOUISE DESJARDINS – RAPIDE-DANSEUR

Refuge nordique

louise desjardins
Photo courtoisie

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Après Le fils du Che, dont l’action se déroulait à Montréal, l’écrivaine Louise Desjardins explore à nouveau les relations mère-enfant dans Rapide-Danseur, un roman qui témoigne de son profond attachement pour sa terre natale, l’Abitibi.

Après une rupture définitive avec sa mère et son fils, Angèle s’est exilée au nord : à Chisasibi, puis dans le petit village de Rapide-Danseur, en Abitibi. Avec Ray, son homme du Nord, son homme des bois, elle tente de refaire sa vie. Mais la mort accidentelle d’Anita, sa mère, la replonge dans la réalité.

«Le fils du Che racontait l’histoire d’un petit garçon de 14 ans qui était très difficile. Sa mère trouvait ça difficile aussi et, à la fin du roman, elle en a tellement assez qu’elle part. Elle le donne à son père et s’en va. C’était la fin du roman. D’habitude, quand je finis un roman, je passe à autre chose, mais celle-ci me hantait : que faisait cette femme après? Où s’en allait-elle après avoir décidé qu’elle ne voulait voir personne?» explique Louise Desjardins en entrevue téléphonique.

Comme ce personnage la poursuivait, elle a décidé de la faire vivre encore, de raconter son histoire, de se mettre dans sa peau et de voir où elle s’en allait. «Je suis restée dans cette espèce d’univers qui ne m’est pas toujours familier, que je trouvais parfois un peu difficile. J’avais vraiment envie d’aller au fond de cette histoire. Quand quelqu’un décide d’aller contre la nature − une mère est supposée aimer son enfant et s’en occuper tout le temps − comment ça se vit?»

Nom familier

Louise Desjardins a fait fuir son personnage, Angèle, en Abitibi. Elle croyait partir à l’étranger faire de l’aide humanitaire, mais s’est rendu compte que ce n’était pas pour elle. Elle a pris la direction de Rapide-Danseur.

«C’est un nom qui m’était familier. Mon père travaillait dans le bois et, quand il revenait, il nous parlait tout le temps des petits villages où il allait. Rapide-Danseur, quand j’étais petite, ça me faisait rêver. Juste le nom.»

Elle a mis beaucoup de temps à y aller. «J’y suis allée il y a à peu près 10 ans. J’ai gardé mon chalet en Abitibi et, un jour, j’ai décidé de visiter tous les petits villages, en haut : Val-Paradis, Rapide-Danseur, Villebois... J’ai connu des gens là-bas et j’ai eu un coup de foudre pour Rapide-Danseur. C’est extraordinaire. C’est tout petit. À côté d’une église en pierre des champs, il y a la rivière Duparquet et des rapides qui passent sous un tout petit pont. C’est joli. Cet endroit m’a beaucoup parlé. C’est très beau, très isolé, et on est porté à se demander comment s’est organisée la vie dans cet endroit très isolé, complètement à l’écart des grandes routes − même des moyennes routes. C’était un refuge pour moi. Ça me prenait un refuge pour mon personnage.»

L’Abitibi est son coin de pays − et aussi un endroit où elle est retournée vivre, pendant 15 ans, de 1992 à 2008. «Quand j’y vais, j’habite dans la forêt. C’est un peu le même genre d’endroit où vit Angèle − au chalet de Magdelaine», dit l’écrivaine, qui prépare un nouveau recueil de poésie en ce moment.

La naissance et la mort

Louise Desjardins essaie d’apprivoiser la mort, dans sa vie et dans son écriture, et cette thématique est bien présente dans Rapide-Danseur. «Le fait d’écrire sur la mort, c’est comme une “pratique”. J’ai l’impression que si on y pense beaucoup, on arrive à l’apprivoiser. Si on n’y pense jamais, ça nous empêche de vivre ces moments. Il y a deux moments importants dans la vie : la naissance et la mort. La naissance, on n’y pense pas, mais la mort, on y pense beaucoup.»

Rapide-Danseur

Louise Desjardins, Les éditions du Boréal, 168 pages

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