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Les confessions d’un fan fini

Les confessions d’un fan fini
Photo d'archives Ces dernières années, Réjean Tremblay a suivi de très près les activités de l’équipe grâce à ses amis Gaby Asselin, Guy Carbonneau, Michel Boivin et compagnie.

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Le gardien s’appelait Marcel Pelletier. C’était un Beau Brummel et ma tante ­Thérèse l’adorait.

Le gardien s’appelait Marcel Pelletier. C’était un Beau Brummel et ma tante ­Thérèse l’adorait.

J’avais six ou sept ans et j’étais fou des Saguenéens de la Ligue ­senior du Québec. Je connaissais tous les joueurs et je me ­rappelle encore aujourd’hui de leurs noms. Georges Roy et Gerry Claude à la défense, Sherman White, Ralph Buchanan, Delphis Franche, Floyd Crawford, le père de Marc Crawford, Jimmy Moore, le frère de Dickie, les frères Lou et Stan Smrke qui portaient les numéros 11 et 5.

Pour aller à l’école, au collège Saint-Jean-Baptiste à Sainte-Anne de Chicoutimi-Nord, je ­portais mon chandail des Saguenéens avec le nom Smrke cousu dans le dos. Et avec un gros 5 bleu pour être certain que personne ne le confondrait avec son frère.

Les Saguenéens, c’était gros. Ç’était énorme. Ils avaient le même chandail que les Sags ­d’aujourd’hui. Le propriétaire était Odilon Crevier, le grand-père d’Yves Hébert.

Roland Hébert était le coach et les Saguenéens battaient régulièrement les Royals de Montréal et les Aces de Québec avec leur Jean Béliveau. À moins que je ne me trompe, Lionel, le père d’Yvon Pedneault, conduisait l’autobus de l’équipe.

J’étais fasciné par le jeu de Marcel Pelletier et par celui de son successeur Phil Hughes. Enfant, j’étais capable de recréer tout un match de hockey en gardant le but devant le poêle Bélanger, dans la cuisine chez ma grand-mère. J’étais Phil Hughes ou Terry Sawchuk, ça dépendait de la journée. Il n’y avait pas de télévision, c’est donc grâce à la radio et aux magazines Sports-Revue et Les Sports que je m’imaginais ce qu’était le style de Sawchuk. Pelletier et Hugues, c’était correct. J’avais assisté à quelques matchs des Saguenéens et j’avais pu les ­admirer de visu.

CHRONIQUEUR DE SPORTS

Évidemment que je n’avais pas la chance d’aller souvent aux matchs. À cinquante cents dans la section ­debout, c’était encore trop cher. Quand mon oncle Bé ou ma tante ­revenaient du Colisée, il leur fallait tout me raconter ce qu’ils avaient vu. À partir de la première mise au jeu. Et là, je voyais Sherman White ou Germain Léger lancer la ­première attaque, Jean Marois, le gardien des Aces de Québec faire l’arrêt et Ludger Tremblay et Jean Béliveau relancer l’attaque.

Des années plus tard, en 1976, j’ai retrouvé Marcel Pelletier avec les Flyers de Philadelphie. Il n’avait pas changé et il était toujours le Beau Brummel affable de mes souvenirs. Je lui ai demandé de me raconter ses exploits contre Béliveau, contre Dickie Moore, contre Herbie Carnegie... comme je le demandais à ma tante et à mon oncle quand ils revenaient du Colisée.

Et j’ai eu le même plaisir. Ça doit être comme ça que j’ai attrapé le goût de devenir chroniqueur de sports et de raconter des h­­­istoires.

Plus tard, je suis devenu prof de latin et de grec. Mais j’ai continué à suivre les Saguenéens. Cette fois, c’était dans la Ligue junior B du Saguenay—Lac-St-Jean. Ils affrontaient le National de Port-Alfred, les Castors de Dolbeau, les Marquis de Jonquière, et il y avait une ambiance du tonnerre dans le Colisée.

Ma grande soirée, c’est le soir où les Sags ont affronté le Canadien ­junior de Montréal dans une série à saveur provinciale. Ce soir-là, Gilles Morasse avait été le seul joueur des Saguenéens. Ça avait été effrayant. Il avait arrêté au moins 70 ou 75 lancers. Les Sags avaient perdu 2 à 1 ou quelque chose comme ça. C’était ­tellement fou que j’avais envoyé une petite lettre à Jacques Beauchamp qui était encore au Montréal-Matin. J’étais fier de moi quand Beauchamp avait écrit un petit potin à propos de la performance de Morasse dans sa chronique dans le journal.

Je ne me doutais pas que quelques années plus tard, je serais celui qui couvrirait le Canadien en compagnie de Bertrand Raymond pour le Journal de Montréal et d’Yvon Pedneault pour le Montréal-Matin.

LA RENAISSANCE DES SAGS

À un moment donné, on a commencé à parler de la grande aventure. Les Saguenéens dans la Ligue junior majeure du Québec! C’est fou, mais les Sags ont disputé leur ­premier match le 30 septembre 1970. Ils portaient un uniforme différent de ce qu’on connaît maintenant. Un uniforme qu’ils n’auront affiché qu’une seule année. Heureusement. Et, ce soir-là, on préparait la ­première édition du Quotidien, qui avait en manchette une citation de René Lévesque: «Après la révolution tranquille, l’indépendance tranquille».

Il fallait tout roder et tout apprendre. Je me rappelle que Pierre Raymond et André Lestourneau avaient travaillé comme des fous pour préparer la section des sports... et le compte rendu de la ­défaite des Saguenéens. Tout le reste du journal avait été préparé dans l’urgence, ce qui n’avait pas empêché les presses de rouler avec un retard de plusieurs heures. Même que Pierre Raymond s’était endormi la tête sur sa dactylo tellement on était avancé dans la nuit.

Trente ans plus tard, les Saguenéens sont encore là et le Quotidien ne sera plus seul.

LE PLUS BEL UNIFORME AU MONDE !

Je suis resté un fan des Sags. Ces dernières années, j’ai suivi de très près les activités de l’équipe grâce à mes amis Gaby Asselin, Guy Carbonneau, Michel Boivin et compagnie. Je sais que c’était une équipe bien administrée et que, compte tenu des circonstances, on prenait soin des jeunes qu’on leur confiait.

Québecor a acheté la concession de l’Armada à Boisbriand-Blainville, mais je suis resté un fan des Sags. Je ne suis pas objectif. Je ne suis pas neutre. Je sais, au plus profond de moi, que le bleu des Saguenéens est le plus beau au monde, que l’écusson est fabuleux, que les rayures sur les épaules sont fantastiques et que, bref, c’est le plus beau chandail de hockey au monde. Tant pis pour mes amis de l’Armada.

Évidemment, je suis trop jeune pour me rappeler du tout premier match des Saguenéens dans les ­années 40. Si vous voulez des ­informations, demandez à mon ami le journaliste Bertrand Tremblay. Il était déjà majeur quand le match a été disputé.

Et, dans ce temps-là, on était ­majeur à 21 ans!

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