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Reportage

Sur les traces de la boule de Noël

boule de noel
Photo Karl Tremblay

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Même dans les ­sapins de Noël les plus actuels, se ­trouve cette boule pas comme les ­autres, transmise d’une génération à l’autre, riche d’une histoire vieille de près de 200 ans. Voici quelques ­traces de son ­passage laissées au fil du temps.

1820: L’ancêtre de la boule de verre

La première boule en verre soufflé, appelée Kugel, a été fabriquée à Lauscha, une ville d’Allemagne, en 1820, mais elle n’était pas associée à Noël. On suspendait alors cette grosse boule ronde en verre épais dans la maison ou au jardin et, ­selon la légende, lorsque la boule reflétait le ­visage de la personne qui la regardait, c’est qu’il s’agissait bien d’un humain. Alors qu’en l’absence de reflet, on était plutôt en compagnie d’un mauvais esprit, explique ­Michel Laurent, conservateur du Musée de la ­civilisation à la retraite, autrefois responsable de la collection d’ornements de Noël de Claude Davis, qui en a fait don au Musée de la civilisation au début des années 90.

1830: Naissance de la boule de Noël

Les pommes, les noix, les bonbons dans des cônes en papier, les biscuits, les petits jouets, bref, ce qu’on ­offrait autrefois aux enfants, ont longtemps décoré les sapins de Noël. Ce n’est que vers 1830 que la Kugel, devenue plus petite et plus fine, a trouvé sa place dans les sapins. Le nitrate d’argent a recouvert l’intérieur de la boule en verre jusqu’à ce qu’on le remplace par la pellicule de mercure en 1870.

«Puisque l’argent était très cher, il a fallu changer le procédé pour obtenir le même reflet», indique M. Laurent. Quant à la surface de la boule, elle était parfois peinte à la main à l’aide d’une peinture à l’eau qui menaçait de s’effacer.

1840: La boule arrive en Amérique

Ce n’est qu’en 1880 que les boules de Noël sont vendues au Canada et aux États-Unis par la compagnie Woolworth’s, pour décorer les sapins qu’on illuminait alors avec des chandelles, jusqu’à l’électrification des arbres de Noël en 1930.

Les boules étant plutôt réservées à la bourgeoisie, les gens moins fortunés continuaient de confectionner leurs propres ornements, comme des guirlandes avec du maïs soufflé ou des canneberges, des canots en écorce, des anges en décalcomanie vêtus d’une robe en papier crêpé, des glands peints en or, des couronnes en papier d’aluminium, etc.

«Les enseignants faisaient faire ces décorations aux ­enfants», rappelle l’antiquaire Gervais Tremblay, ­propriétaire de la boutique Le Rendez-vous des ­collectionneurs, rue Saint-Paul. Les ornements en ­découpures tirées de chromolithographie (reproduction mécanique d’une image en couleurs) sont aussi devenus populaires à cette époque.

Fin du XIXe siècle: la boule affiche ses formes

Lorsque les boules se démocratisent vers la fin du XIXe siècle, «leurs formes deviennent importantes. Elles sont soufflées à l’intérieur de moules et doivent ­être à la mode du jour», mentionne M. Laurent.

Peu à peu, on commence à voir des grappes de raisins, des pommes de pin, des glands, puis les formes, les ­détails, les reliefs devinrent plus élaborés au fil des ­années. «L’époque victorienne fut l’âge d’or de la boule de Noël», souligne M. Tremblay. Les boules ne sont alors plus accrochées à l’aide d’un ruban ou ­d’une corde, mais bien avec un petit crochet de métal inventé aux États-Unis en 1892. L’anneau de suspension et la capsule en métal arriveront en 1913, remplaçant l’embout en forme de dôme percé.

En regardant les sapins de certaines époques, on peut deviner les événements qui ponctuaient alors ­l’actualité. Lorsque le dirigeable a été inventé, on l’a ­reproduit en boule de Noël, tout comme l’avion, la ­motocyclette, le téléphone, les instruments de musique, etc. «Les gens fabriquaient des montgolfières avec les premières ampoules électriques», dit M. Tremblay.

Milieu du XXe siècle: la boule s’invite et se transforme

Lors de la Seconde Guerre mondiale, l’importation ­allemande a cessé, ce qui a permis l’essor des ­industries locales, au Canada et aux États-Unis. «Les boules étaient alors de moins grande qualité et puisque le métal était réquisitionné, les peintures étaient mates et les capsules en carton», souligne M. Laurent, passionné des ornements datant des années 50.

Puis, lors de la relance économique suivant la guerre, la population a commencé à se procurer des boules de verre, dont les boules dites «réflecteurs» avec un trou à l’intérieur. «Avant 1945, les sapins étaient peu décorés. Mais lors du boom économique, les gens pouvaient ­s’acheter des choses qu’ils ne s’offraient pas avant, comme les ornements de Noël», souligne M. Laurent.

Dans la deuxième partie du XXe siècle, les nouveaux matériaux synthétiques ont tour à tour modifié la boule de Noël, comme le plastique, la résine, le styromousse, les tissus synthétiques, l’aluminium, le feutre, etc. Tout était susceptible de devenir une boule.

De 1985 àa aujourd'hui: Période d’éclatement

Marc Gaboury, propriétaire de la Boutique de Noël dans le Vieux-Québec, se souvient de l’arrivée des ­ornements fabriqués en Chine, vers 1985, qui a apporté de la variété dans les styles, que ce soit dans la boule ou dans l’ensemble des ornements qui, autrefois, étaient sculptés dans le bois, la cire ou fabriqués en chenille, en coton ou coulés en étain, etc. Il se souvient de l’arrivée de l’acrylique dans les années 90, qui a apporté une transparence, une féerie dans l’arbre.

Encore aujourd’hui, la boule de Noël suit la mode, ­autant par ses couleurs glamour qui brillent, ses matériaux et ses formes. Elle représente «des choses de la vie de tous les jours», souligne M. Gaboury, comme une boule de verre en forme de téléphone cellulaire, d’ordinateur portable, de machine à espresso, ou une autre affichant un personnage animé prisé par les enfants ou une prenant la forme du Big Ben pour souligner les Jeux olympiques de Londres, etc.

Verre ou plastique?: Tradition et modernité

La boule en verre d’aujourd’hui, qu’elle soit actuelle ou représente une boule ancienne, séduit les gens qui veulent préserver les traditions. «Mais on vend davantage de boules de plastique, puisque plusieurs ressemblent de façon surprenante aux boules en verre, et elles ne cassent pas», dit Anne Savard, acheteuse et gérante chez Floralies ­Jouvence. Par contre, «on n’y retrouve pas le côté scintillant du verre», estime M. Gaboury.

Mais les collectionneurs comme M. Tremblay, qui possède plus de 5000 ornements différents, ­recherchent plutôt les boules anciennes, dont sa ­dernière acquisition, une Kugel bleue en forme de grappe de raisins datant d’environ 1880, qu’il a achetée aux États-Unis à 475 $, après avoir négocié. «Si elle avait été rouge, elle aurait coûté plus de 1000 $», dit-il. Mais ce sont les Américains qui sont les plus friands de ces boules qui traversent le temps!

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