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Une société inhumaine

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Guy Turcotte est libre. C’est ce qu’a décidé le Comité des troubles mentaux. Il pourra gambader en ville. Flâner. Rigoler. Un jour, il reprendra son travail de médecin. Le meurtre de ses enfants? Un mauvais souvenir. Presque oublié.

Guy Turcotte est libre. C’est ce qu’a décidé le Comité des troubles mentaux. Il pourra gambader en ville. Flâner. Rigoler. Un jour, il reprendra son travail de médecin. Le meurtre de ses enfants? Un mauvais souvenir. Presque oublié.

La boucle est bouclée. Le jugement porté sur Turcotte en 2011 programmait cette libération. Guy Turcotte n’était pas un homme coupable de l’ultime transgression: tuer ses enfants. C’était un homme malheureux momentanément égaré.

Cela en dit énormément sur notre ­société et sa révolution contre le sens moral. Les psychiatres ont remplacé les curés et les moralistes. Ils prétendent désormais tout expliquer. En sociologie, on parle d’une société thérapeutique.

Étrange prétention. Les catégories morales les plus élémentaires se dissolvent désormais dans un jargon psychiatrique qui prétend décrypter dans son intimité l’âme humaine. L’homme n’est plus connaissable qu’à travers le prisme de la maladie.

L’homme n’est plus libre de faire le bien ou de faire le mal. Mais de faire le bien ou d’être fou. C’est à la liberté ­humaine qu’on ne croit plus. C’est la responsabilité individuelle qu’on condamne. À travers cela, on en vient à tout excuser. C’est la nouvelle version de la théorie des circonstances atténuantes.

Notre société n’imagine plus la part sombre de l’âme humaine. Que l’homme est capable du pire et de désirer le pire. Elle n’imagine pas qu’il fasse le mal ­librement. Qu’il puisse devenir ­librement un monstre, finalement. Elle censure la perversion comme si ce mot ne voulait plus rien dire.

C’est justement le rôle de la culture au sens large de nous éduquer à privilégier les bonnes pulsions et à refouler les mauvaises. La culture nous éduque au bien et nous apprend à ne pas céder à la tentation du mal, comme ­disaient les chrétiens.

La première pulsion à refouler, c’est évidemment la tentation du meurtre. Il y a quelque chose d’un peu délirant à ce que notre société soit parvenue à la ­dédramatiser ainsi. L’homme qui tue ne transgresse plus la loi morale la plus ­inviolable. Il est malade et déréglé.

Guérir

Sans surprise, on ne veut donc plus vraiment punir. Parce que la punition suppose la responsabilité du criminel. Parce que la punition suppose que l’homme qui a commis un crime savait qu’il en commettait un. Désormais, on veut guérir.

Rappelons l’essentiel: c’est parce qu’il peut le mal qu’un homme peut le bien. Et c’est parce qu’il ne cède pas à la tentation du premier et se voue au second que la liberté humaine a un sens. Autrement dit, la liberté est indissociable d’un sens moral.

Quand ce dernier sombre, c’est la ­terrible loi du relativisme qui s’installe. Nous basculons dans une société qui méprise l’homme à trop vouloir être complaisant avec lui.

À une société qui le regarde tellement de haut qu’elle le rend tout petit. Ici, la compassion fait le lit de la barbarie.

Dans L’immortalité, un livre magnifique, le grand écrivain Milan Kundera se demande comment vivre dans un monde avec lequel on est radicalement en désaccord.

Ce matin, je me le demande aussi. Une société qui libère Guy Turcotte par ­compassion humanitaire est une société inhumaine.

 

Nous basculons dans une société qui méprise l’homme à trop vouloir être complaisant avec lui
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