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justice | paternité

Plus commun qu’on le pense

Des spécialistes en droit commentent la situation

Plus commun qu’on le pense
Photo Le journal de Montréal, Pierre-Paul Poulin Cet homme a appris qu’il n’est pas le père biologique de trois de ses quatre enfants.

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Des cas de pères de famille qui apprennent qu’ils ne sont finalement pas les géniteurs d’enfants qu’ils ont élevés sont plus communs qu’on ­pourrait le croire, affirment des experts dans le milieu du droit.

Des cas de pères de famille qui apprennent qu’ils ne sont finalement pas les géniteurs d’enfants qu’ils ont élevés sont plus communs qu’on ­pourrait le croire, affirment des experts dans le milieu du droit.

«J’ai vu dans ma vie professionnelle quelques cas d’hommes qui ont appris qu’ils n’étaient pas le père biologique de leur ­enfant», fait savoir la célèbre avocate en droit familial, Me Anne-France Goldwater.

Hier, le Journal révélait qu’un homme de la Montérégie, dont on doit taire le nom, avait appris plusieurs années après la naissance de ses quatre enfants qu’il n’est le père que d’un d’entre eux.

Suspectant l’infidélité de sa conjointe de l’époque, il avait exigé, après leur séparation, que ses enfants passent des tests d’ADN afin de s’assurer qu’il était bien leur père.

Les résultats ont bouleversé sa vie: seulement le plus jeune de ces enfants est de lui, soit le garçon âgé de neuf ans. Il n’est donc pas le père biologique des trois filles de 12, 14 et 16 ans qu’il a vues grandir.

Et selon ce que lui a confié la mère par la suite, ces trois enfants sont nés de trois pères différents.

Pas unique

Bien qu’insolite, le cas d’un père qui apprend après plusieurs années qu’il n’est pas le géniteur d’un de ses enfants n’est pas si rare que ça.

C’est ce que croit Alain Roy, professeur titu­laire en droit de la famille à ­l’Université de Montréal.

«Ce n’est pas inusité de voir en Cour des cas ­semblables», note-t-il.

Même son de cloche de la part de Me Catherine Clermont, avocate en droit de la famille.

«Ce sont certainement des situations qui arrivent, explique-t-elle. Mais c’est sûr qu’on ne voit pas ça tous les jours.»

Selon elle, ce genre de situation arrive plus souvent qu’on ne le croit, mais ces cas sont rarement judiciarisés.

«Ce n’est pas tout le monde qui va vouloir le dire publiquement», indique-t-elle.

«Souvent, ce sont des dossiers qui risquent de se régler en dehors du tribunal», précise Me Clermont.

Mais si une telle situation est plutôt ­commune, Me Goldwater précise que le cas dont le Journal a fait état hier se démarque du lot.

«C’est rarissime comme cas. Quatre enfants sont nés dans une courte période de temps de quatre pères différents. Il ne faut pas généraliser à partir d’un cas comme ça», dit-elle.

«C’est le papa»

Me Goldwater peine également à comprendre la réaction du père cocu dans cette ­histoire.

Ce dernier réagit en effet plutôt mal au fait qu’il doit verser une ­pension alimentaire pour les quatre enfants, selon ce qu’a tranché une juge de la Cour ­supérieure.

Il se prévaut en effet peu de ses droits ­d’accès à ses enfants.

«De mon vécu, la majorité des hommes dans cette situation passaient certainement un dur moment, mais ils revenaient vers ­l’enfant. C’est lui le papa. Les liens qui sont tissés sont tellement forts», expose-t-elle.

Elle reconnaît que le choc émotionnel qu’il a dû vivre est «dramatique».

«Pour survivre, il doit revoir ses enfants et retrouver cette vie familiale si brutalement détruite par cette découverte», ajoute-t-elle.

«
Des cas comme ça, il y en a fréquemment en jurisprudence»
- Alain Roy, professeur titulaire
à la Faculté de droit de
l’Université de Montréal

«
Ça arrive plus souvent qu’on ne le pense»
- Me Anne-France Goldwater, avocate en droit de la famille
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