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Hélène se bat pour sa vie privée

Une Montréalaise de 34 ans dit avoir moins de droits qu’un agresseur sexuel au Québec

Hélène se bat pour sa vie privée
Photo le journal de montréal, BEN PELOSSE La coordonnatrice d’Action Santé travesti(e)s et transsexuel(le)s du Québec, Nora Butler Burke (à droite), et Maeva, une transsexuelle qui fréquente l’organisme, soutiennent Hélène dans son combat.

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Hélène n’a plus de vie depuis trois ans. Elle a l’impression d’être une criminelle qui doit rester invisible le plus possible.

Hélène (nom fictif) est une femme, mais ses papiers disent qu’elle est un homme, ce qui rend sa vie très difficile.

À 34 ans, elle ne souhaite pas pour le moment recou­rir à une chirurgie de ses parties génitales.

Mais Québec oblige les transsexuels à se faire opérer avant de modifier leur genre sur leurs papiers d’identité.

Cette situation paralyse Hélène. Elle ne prend plus l’avion, ne conduit plus de voiture, ne va jamais à l’urgence, n’appelle pas la police, a des crises d’angoisse avant même d’aller retirer un colis à la poste.

Elle évite tous les lieux où l’on pourrait lui demander sa carte d’identité sur laquelle il est encore écrit «Sexe masculin».

Hélène revendique son droit à la vie privée et au secret médical.

«En voyant mes cartes, tout le monde sait que j’ai une dysphorie de genre (troubles de l’identité sexuelle) et est informé sur mes organes génitaux.»

«C’est dégueulasse. L’adresse d’un agresseur sexuel est confidentielle lorsqu’il sort de prison. Moi, je suis innocente et j’ai moins de droits que lui!»

Un douloureux rappel

Hélène ne veut plus vivre le moment où, dans une salle d’attente, on l’appelle «monsieur», alors qu’elle a l’apparence d’une femme et un prénom de femme depuis trois ans.

«On passe 30 ans à se battre et ça nous rappelle sans cesse les souffrances du passé», dit-elle.

Lorsqu’elle tend sa carte, elle ne sait jamais comment la personne va réagir.

«Il faut toujours que je sois prête à recevoir un coup de poing dans le visage», illustre-t-elle, indiquant qu’elle a déjà été victime de violence verbale.

«Il est très douloureux pour une personne trans, surtout lorsqu’elle a terminé sa transition médicale, d’être traitée comme si elle appartenait encore à son ancienne identité sociale», confirme Françoise Susset, psychologue spécialisée dans les questions transgenres.

Une dépression majeure

Il y a un an, Hélène est tombée en dépression. «En octobre 2011, j’ai craqué. Mon médecin m’a mis en arrêt de travail pendant un mois», avoue-t-elle.

Depuis, cette informaticienne est sous antidépresseur et envisage d’augmenter sa dose quotidienne parce que «ça va [la] chercher de plus en plus».

«Ma psy n’en revient pas, je suis passée de la personne fonceuse, prête à changer le monde, à l’être le plus fermé qui soit.»

Dès 2005, elle a informé le ministère de la Justice et le directeur de l’état civil. «Ils me disent qu’ils en parlent. Mais, est-ce que je dois attendre que le gouvernement évolue? Non. Il faut que ça change, que l’on arrête d’en parler», dit-elle.

Hélène et trois autres transsexuels, soutenus par plusieurs associations, entendent déposer une poursuite contre Québec.

 

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