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Clémence Paiement

Le néant, la déprime, la résurrection

Le néant, la déprime, la résurrection
photo courtoisie Après des années de misère, Clémence Paiement est maintenant parmi les meilleures du monde.

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Lorsqu’elle a vu, à la télévision, la Canadienne Perdita Felicien atteindre le fil d’arrivée et remporter le Championnat du monde au 100 m haies en 2003, Clémence Paiement, qui avait tout juste 7 ans, a dit : «Je vais faire ça moi aussi.» Était-ce simplement le rêve éphémère d’une enfant influencée par la télé ou était-ce assez sérieux pour y donner suite?

Pour en voir le cœur net, les parents inscrivent Clémence au club d’athlétisme montréalais, Impulsion. L’enfant en raffole, et un mois plus tard, la petite participe à sa première compétition à vie : les Jeux de Montréal. La recrue fera un malheur : médaille d’or au lancer du poids, au saut en longueur, au saut en hauteur, au 60 m et au 150 m.

Elle s’amuse

Convaincus les parents? «Ils ont trouvé que j’étais bonne, mais sans plus, répond Clémence. Ils voyaient surtout que je m’amusais et c’est ce qui comptait pour eux», ajoute notre 15e candidate au concours des Bourses d’études jeunes athlètes du Journal de Montréal/Journal de Québec/RBC. En effet, Clémence s’amuse. Elle adore l’athlétisme, particulièrement la course, et plus les années avancent, plus elle s’améliore.

La jeune star a maintenant 11 ans. Sa progression est remarquable. Il ne s’agit plus simplement d’une jeune fille qui s’amuse, mais d’une athlète douée d’un énorme potentiel et en plein développement. Cette fois, maman et papa en sont bien conscients. Il faut dire qu’avec tous les records québécois que bat leur fillette, ça saute aux yeux. «J’ai battu des records dans presque toutes les catégories: ­minime, benjamine, cadette, juvénile et junior», indique fièrement l’athlète ­lavalloise. Tout va donc pour le mieux et l’avenir de la talentueuse coureuse est on ne peut plus prometteur.

Mais voilà qu’en 2008, le ciel s’obscurcit. Un sérieux claquage vient changer la donne. À peine remise de cette blessure que se produit un autre claquage, puis un autre et un autre. Cinq claquages en deux ans! «Ça faisait vraiment mal, affirme Clémence. J’avais du mal à marcher. J’étais incapable de m’asseoir sur mes deux fesses. Quand je voulais m’asseoir, c’était tout un cérémonial», se souvient la jeune fille.

Soudain, l’avenir n’est peut-être pas si prometteur qu’on le croyait. Si ça se trouve, il n’y a même plus d’avenir du tout. C’est ce que craint l’athlète âgée alors de 14 ans. «Je me suis posé bien des questions, dit-elle. Du jour au lendemain, tu n’es plus capable de faire ce que tu ­aimais faire. Je me blessais tellement souvent que j’en suis venue à croire que je n’étais pas faite pour la compétition et que je devais abandonner ma passion.»

La déprime

Ébranlée par ce constat, Clémence n’est plus la même. Elle souffre physiquement et psychologiquement. Souvent en colère et impatiente, elle impose son ­humeur à tout son entourage. Pire, ­renfermée sur elle-même, la malheureuse croit que personne ne veut l’aider et qu’elle est la seule à souhaiter un retour à l’athlétisme. C’est le néant. Clémence tombe en dépres­sion.

«J’en ai eu vraiment marre d’être comme ça, raconte-t-elle. J’ai décidé un jour de changer de club, histoire de voir si ça pourrait améliorer la situation.» Ainsi, lors de la saison 2010-2011, Clémence ­Paiement, qui a maintenant 15 ans, rejoint le Club d’athlétisme de Montréal et ­reprend graduellement l’entraînement.

Le retour a été aussi long que pénible. Clémence n’arrivait même pas à faire les temps qu’elle faisait à 13 ans. Les filles qu’elle battait autrefois la battaient à leur tour sans difficulté. Le summum de la ­frustration est survenu aux qualifications du Championnat canadien jeunesse. À cause d’une performance catastrophique, la Lavalloise n’est même pas arrivée à faire la finale B. Celle qui s’était mise en tête de faire le Mondial de la jeunesse n’était même plus en mesure de faire une finale au national «une finale de consolation» de surcroît. Quelle débâcle!

«Ç’a été dur, confie Clémence. Mais mon coach (Daniel St-Hilaire) m’avait préve­nue : changer une technique demande du temps. Je crois que c’est le meilleur coach au Québec et je lui ai fait totalement confiance. J’avais le pressentiment que quelque chose de bien m’arriverait.»

En effet, quelque chose de très bien l’attendait. Non seulement sa nouvelle technique a mis fin aux claquages, mais elle lui a aussi permis de regagner le terrain perdu durant ses années de grande noirceur et de se hisser parmi les meilleures coureuses du monde. Ainsi, aux Mondiaux de Barcelone, chez les 19 ans et moins, l’adolescente de 16 ans s’est classée 13e au 100 m et 5e au 60 m lors des Championnats américains juvéniles. ­Toujours en 2012, Clémence est passée du 218e rang mondial au 16e au 60 m. Elle a amélioré son temps de 0,45 seconde. C’est énorme.

Au championnat mondial juvénile, mais cette fois en salle, la coureuse a remporté l’or au 55 m et s’est classée 5e au 60 m.

À tout ça, il faut ajouter les records ­québécois que Clémence a battus au 60 m juvénile et junior (en salle), ainsi qu’au 100 m extérieur juvénile.

En effet : un bon pressentiment, un bon coach, mais aussi une athlète courageuse et persévérante.

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