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Entrevue exclusive | Diran Lin

« On avait tant d’espoir pour Jun » — Son père Diran

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«C’est mon obligation de père d’être présent (ce matin). Je serai là. Ça va être difficile émotionnellement, mais je vais faire de mon mieux pour me contrôler.»

«C’est mon obligation de père d’être présent (ce matin). Je serai là. Ça va être difficile émotionnellement, mais je vais faire de mon mieux pour me contrôler.»

Pour la première fois, Diran Lin se retrouvera dans la même salle que celui qui est accusé d’avoir démembré son fils. Il pourra croiser son regard, mais il n’y tient pas plus que ça.

«Je n’ai clairement aucun message à lui lancer, explique-t-il après avoir longuement réfléchi. La douleur de perdre un fils ne pourra jamais s’estomper, il n’y a rien à dire sur Luka Rocco Magnotta.»

La mère et la sœur de Jun Lin sont également arrivées à Montréal il y a une semaine, directement de Chine. Mais contrairement au père, elles ne se présenteront pas au Palais de justice de Montréal.

«L’émotion sera trop forte, explique Diran Lin. Elles risqueraient de craquer.»

À quelques heures du début de l’enquête préliminaire du «dépeceur», le père de Jun Lin a accepté de se confier au Journal dans une entrevue exclusive.

Il y explique ses attentes envers le processus judiciaire, mais aussi son désir de voir la mémoire de son fils continuer à vivre, même s’il sait que les projecteurs seront tous braqués sur Magnotta.

«C’est compréhensible et même normal que l’attention soit portée sur le suspect, parce que la victime est morte, dit-il avec philosophie. Mais en même temps, nous aimerions que le monde se souvienne de la victime, de qui Jun Lin était vraiment.»

Sacrifices

Le paternel garde de bons souvenirs de son fils, même s’ils ont été séparés depuis une quinzaine d’années. La famille est originaire de Wuhan, en Chine, mais, dès le secondaire, Jun Lin est allé vivre en internat. Il est ensuite allé à l’université à Pékin, avant de se trouver un emploi dans la capitale, à 1000 km de la maison familiale.

«On se voyait une ou deux fois par année, surtout pour le Nouvel An, se remémore le père du défunt. Mais on se parlait régulièrement grâce à internet.»

Dès l’adolescence, Jun Lin était très indépendant. Mais en tant que père, Diran se faisait énormément de soucis pour la sécurité de son fils. Chaque fois qu’ils se parlaient, Diran lui disait de faire attention.

Et il était prêt à tous les sacrifices pour que son fils réussisse dans la vie, quitte à réduire son propre mode de vie.

«Mais le drame est arrivé, déplore le père. C’est la pire chose qu’une famille puisse subir. C’était le vide. On avait tant d’espoir pour Jun.»

La vie change

Depuis le jour fatidique du 25 mai, la vie de Diran Lin et sa famille a complètement changé. Ce jour-là, son fils se serait rendu à l’appartement de Luka Rocco Magnotta, dans le quartier Côte-des-Neiges, à Montréal.

La suite sort droit des pires livres d’horreur. L’étudiant chinois aurait alors été tué, dépecé et aurait subi des actes filmés valant à Magnotta des accusations de meurtre prémédité, d’outrage à un cadavre, et de production et distribution de matériel obscène.

L’assassin allégué de 30 ans a ensuite pris la fuite. C’est au terme d’une chasse à l’homme internationale qu’il aura été arrêté, le 4 juin 2012, dans un café internet de Berlin. Quelques jours plus tard, Magnotta était extradé pour faire face à la ­justice canadienne.

Alors qu’elle n’avait rien demandé, en une journée, la famille de Jun Lin est ainsi devenue le centre d’un fait divers international.

Rapidement, tous les médias se sont mis à la recherche des proches de la victime, qui s’étaient déplacés à Montréal, et ce n’était pas que dans la métropole. Lorsque les parents de Jun Lin sont retournés dans leur pays natal, c’était au tour des médias chinois de leur courir après.

«Ça a causé beaucoup de problème à notre vie et à notre intimité», déplore-t-il, tout en ajoutant comprendre le battage médiatique.

Appréhension

Il appréhende cependant la journée d’aujourd’hui, au Palais de justice de Montréal. Surtout que pour entrer dans la salle d’audience, il lui sera difficile d’échapper aux caméras.

«Mais je ne viens pas pour faire un show, prévient-il. Nous avons fait le voyage pour assister aux audiences, qui seront déjà très tristes, et je ne compte pas accepter de faire d’autres entrevues ou parler aux médias. J’espère que les gens comprendront.»

Mais même s’il craint l’attention médiatique, Diran Lin appréhende surtout le moment où il jettera son regard sur l’assassin allégué de son fils.

«Ça va être dur, ça va réveiller beaucoup de mauvais souvenirs», conclut-il.

 

Ce que Diran Lin a dit
«
Je comprends que c’est le droit de l’accusé de demander un huis clos, mais je ne comprends pas pourquoi »
«
Nous espérons que la juge rendra une décision raisonnable à une requête déraisonnable. »
«
Nous n’avons aucun soutien financier. Avec un peu de chance, quelqu’un nous aidera à suivre toutes les procédures. »
«
Nous aimerions que le public se souvienne de la victime, que ce fut une bonne personne. »
«
Cette histoire a brisé nos cœurs, j’espère que notre intimité sera respectée. »
«
Je n’ai rien à dire à Magnotta. En fait, je ne tiens même pas à le voir ou à lui parler. »
«
C’est l’obligation d’un père que d’aller suivre les procédures de celui qui a tué son fils. »
«
Ça va être difficile, mais je vais faire de mon mieux pour me contrôler quand je verrai Luka Rocco Magnotta. »
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