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Choisir les prochains hits

Les lois de la radio

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Qui décide de ce qui joue sur les ondes des radios commerciales? Eh non, ce ne sont généralement pas des présidents en cravate, mais plutôt des personnes véritablement passionnées de musique. Le Journal vous emmène à l’intérieur d’un comité d’écoute, là où très peu de gens ont pu entrer.

Mercredi matin, 9 h. Rendez-vous dans les bureaux d’Astral, à l’angle de Papineau et René-Lévesque. C’est là que nous allons rendre visite aux comités d’écoute de NRJ, Virgin et Rouge FM.

Premier constat, la salle où se tient le comité, appelée «salle de musique», ne comprend aucune table. Chacun est assis dans des fauteuils confortables et on ne trouve qu’un ordinateur et une chaîne de son avec des haut-parleurs.

Pour le comité de NRJ, environ cinq à six personnes se réunissent tous les mercredis. Ce matin-là, ils sont quatre : le programmateur musical, la directrice musicale, le directeur du contenu et un animateur.

Processus démocratique

La petite équipe écoute généralement une vingtaine de chansons chaque semaine. Pour notre reportage, on a réduit le nombre à 11 pièces. Une sélection très éclectique qui comprend Billy Talent, Justin Timberlake, Lisa LeBlanc, Half Moon Run et William Deslauriers.

Chaque participant du comité écrit ses observations sur une feuille, en plus d’attribuer une cote (de A à C) à chaque chanson.

Après l’écoute des morceaux, tout le monde est invité à faire son top 3, avec ses arguments. Personne n’a de droit de veto, on assiste à un processus très démocratique. Il n’y a aucune mauvaise foi, tout le monde est le plus honnête possible. «Ici, on dit vraiment ce qu’on pense», indique Martin Tremblay, directeur du contenu de NRJ Montréal.

Viser la perfection

Parmi les critères évalués, on juge si la chanson cadre bien avec le nouveau format pop-rock de la station. Le rythme de la pièce, les paroles et la durée sont aussi pris en considération.

«On vise toujours la perfection avec l’auditeur. Ici, on a en tête la cible de NRJ. On connaît notre auditeur, dit Martin Tremblay. Il a entre 30 et 40 ans et c’est un gars. Évidemment, il y a du débordement, mais il faut vraiment avoir en tête le cœur de la cible. Il faut la servir sur tout, autant avec les animateurs qu’avec la musique. Il faut que ce soit une musique qui cadre avec l’auditoire. Il y a de l’anglais et du français. Mais ça arrive qu’on se trompe.»

Lisa LeBlanc embarque

Arrive le cas de Lisa LeBlanc. Depuis la sortie de son album, la chanteuse néo-brunswickoise n’a jamais réussi à percer dans les radios commerciales, même si ses ventes dépassent aujourd’hui les 60 000 exemplaires.

«On a écouté beaucoup de singles d’elle, l’an passé», indique Geneviève Moreau, directrice musicale de NRJ. L’année dernière, le son de la station était encore relativement dance pop. Mais l’arrivée de groupes comme Mumford and Sons, Of Monsters and Men et The Lumineers a fait tranquillement basculer NRJ vers un son pop-rock, avec quelques touches folk.

La chanson J’pas un cowboy de Lisa LeBlanc cadre ainsi beaucoup mieux dans le nouveau paysage musical de la station. Résultat : après un «tour de table» très favorable, le comité accepte d’embarquer la chanson en rotation régulière.

La familiarité

Au final, six chansons seront acceptées (dont trois francophones). Quelques pièces sont envoyées aux autres stations du réseau. Deux sont définitivement rejetées.

«On nous demande souvent : “Pourquoi vous n’avez pas embarqué telle ou telle chanson?” souligne Geneviève Moreau. Si on joue beaucoup de nouveautés, l’auditeur va tout le temps tomber sur des choses qu’il ne connaît pas. Quand t’écoutes la radio, t’aimes les découvertes, mais tu as aussi besoin d’un peu de familiarité. Si on embarque trop de nouveautés, on va diluer les rotations. Il faut faire des choix précis pour donner le plus de rotations aux chansons pour qu’elles aient un impact.»

Même processus de décision démocratique chez Virgin et Rouge FM. Mais dans le cas de la première, elle n’a pas à gérer la présence de chansons francophones.

Différent à Québec

À Québec, les comités de WKND et CKOI agissent différemment. On tient d’abord des comités séparés pour l’écoute des chansons francophones et anglophones. Les comités se réunissent toutes les deux semaines. Et le vote se fait à main levée. On met le pouce en l’air si on a aimé et le pouce en bas si c’est l’inverse. La majorité l’emporte. Rien de plus simple.

Avec la collaboration de Kathryne Lamontagne.

Résultats
des comités
d’écoute
NRJ (Montréal)
Chansons écoutées : 11
(3 francos, 7 anglos, 1 bilingue)
Chansons retenues : 6
(3 francos, 3 anglos)
Chansons rejetées : 2
Chansons reportées pour une autre écoute : 3
Certaines chansons ne joueront pas à Montréal, mais ont été envoyées aux autres stations sur le réseau NRJ
Rouge FM (Montréal)
Chansons écoutées : 7 (5 francos, 2 anglos)
Chansons retenues : 3 (2 francos, 1 anglos)
Chansons rejetées : 3
Chansons reportées : 1
WKND (Québec)
15 artistes francophones (7 Français, 8 Québécois)
Chansons écoutées : 19 (uniquement en français)
Chansons retenues : 7
Chansons retenues sous condition (version plus courte) : 2
Chansons rejetées : 6
Chansons reportées : 4
CKOI (Québec)
Chansons écoutées : 5 (5 françaises, aucune québécoise)
Chansons retenues : 3
Chansons rejetées : 2
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