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Bourse | Valérie Lambert

Tout réapprendre à 22 ans

Tout réapprendre à 22 ans
Photo courtoisie, Marc-Antoine Caron Après une absence d’un an et demi, Valérie Lambert reprend la compétition et vise les Jeux olympiques de Sotchi.

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Quelle triste journée. Peut-être même, la journée la plus triste dans la vie de la patineuse de vitesse sur courte piste, Valérie Lambert. Le verdict était sans appel. Tout abandonner ou risquer d’être handicapée pour le reste de ses jours.

Valérie s’en souviendra toute sa vie. C’était à la fin de la saison 2010-2011. Un médecin, ami de la famille, était venu chez elle pour lui remettre les résultats de ses examens médicaux qu’elle avait subis quelques jours plus tôt.

Depuis l’âge de 10 ans, Valérie souffrait de maux de dos. Quelques anti-inflammatoires, avalés de temps à autre, suffisaient à la soulager. Mais avec les années, la douleur était devenue plus vive, plus persistante. «Ça faisait tellement mal, indique d’ailleurs Valérie, que j’en étais rendue à prendre des anti-inflammatoires 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Entre les séries d’exercices à l’entraînement, j’allais m’étendre sur un matelas et je me massais la jambe, car la douleur s’étendait jusque-là. J’avais aussi beaucoup de mal à dormir. Mettre mes bas ou simplement fouiller dans le frigo me faisait souffrir. À l’école, je me dépêchais à faire mes examens, car j’étais incapable de rester assise sur ma chaise.»

Des médecins lui ont sérieusement conseillé de cesser de patiner. Mais l’athlète faisait la sourde oreille. Pourquoi arrêter quand on connaît la meilleure saison de sa vie? Quand on vient de remporter une médaille de bronze au 500 m à la Coupe du monde? Et puis, il y a les Jeux de Sotchi qui arrivent; le plus grand rêve de Valérie. Non, ce n’était vraiment pas le temps d’arrêter. La patineuse décide toutefois d’avoir un autre avis et consulte un médecin ami de la famil­le.

RÉSULTATS

«Toute la famille était avec moi autour de la table. On avait tous hâte de l’entendre», se souvient notre 20e candidate au concours des Bourses d’études jeunes athlètes du Journal de Montréal/Journal de Québec/RBC.

Voilà: Valérie souffrait d’une hernie discale et de la dégénérescence de deux disques. La situation était à ce point sérieuse que si elle voulait être physiquement capable de prendre ses enfants dans ses bras plus tard, si elle voulait continuer à accomplir les tâches quotidiennes les plus simples, elle n’avait pas d’autre choix que d’arrêter immédiatement le patinage. Tel a été le constat du médecin.

Les mots ont fait mal. Si Valérie continue, elle risque d’être handicapée pour le reste de sa vie. «Ma mère, mon père, mes deux frères et moi, tout le monde pleurait», raconte l’athlète. Le verdict était tellement cruel! La jeune fille patine depuis qu’elle a cinq ans. Durant toutes ces années, elle a rêvé de faire les Jeux olympiques et maintenant qu’elle y est, on lui dit d’abandonner. Tous ces sacrifices, toutes ces souffrances pour rien! Quelle injusti­ce!

Remise de ses émotions, Valérie décide, quelques jours plus tard, de tenter le tout pour le tout. «Je me suis dit que les Jeux de Sotchi n’étaient pas si loin et qu’il ne me restait pas assez de temps de patinage pour que ça me nuise tant que ça. Et de toute façon, je n’étais pas prête à regarder les Jeux dans mon salon en me disant: “Peut-être que si...”»

Elle rencontre la réputée physiothérapeute Julie Gardiner, qui lui met sur pied un audacieux programme de réadaptation. Ce programme, entre autres choses, oblige Valérie à utiliser des muscles qu’elle n’utilisait pas avant. Ainsi, à 22 ans, Valérie doit tout réapprendre: à marcher, à se pencher, à s’asseoir, à mettre ses bas et, bien sûr, à patiner. «Même la façon de me pencher devant le lavabo lorsque je me brosse les dents a dû être changée. Ce fut vraiment difficile. La contraction de mes muscles n’était plus automatique, c’était volontaire. C’est tout mon quotidien que je devais réapprendre.»

En septembre 2012, après un an et demi de travail acharné en réadaptation, Valérie renoue avec la compétition: une qualification pour la Coupe du monde. Avant d’être sur la touche, la Montréalaise s’y qualifiait facilement. Elle y faisait belle figure aussi, comme en témoignait sa dernière participation en 2010: troisième au 500 m et deuxième au relais.

Contre toute attente, Valérie terminera septième. Elle ne s’est pas qualifiée, mais ce résultat était nettement au-dessus de ses attentes. Elle s’est même classée deuxième au 500 m.

«Maintenant, mon objectif est de me qualifier pour les Jeux de Sotchi. La sélection aura lieu au mois d’août et je suis très confiante», dit Valérie, qui s’est classée troisième au 500 m lors des Championnats canadiens en janvier et troisième aussi à la sélection nationale de mars dernier.

ET LE DOS

«Ça va beaucoup mieux, dit la patineuse de 24 ans. Mon dos est encore fragile, mais je contrôle la situation. Je ne prends des anti-inflammatoires que tous les deux ou trois jours.

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