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La vraie justice coûte cher

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Le procès Magnotta n’aura lieu qu’à l’automne 2014. Deux ans après le crime. Imaginez le désarroi des parents de Lin Jun. Aux États-Unis, en Angleterre, l’affaire aurait été réglée en quelques mois. Mais il y a pire: même après un procès, il peut encore y avoir des délais. J’ai connaissance d’un pédophile qui, une fois trouvé coupable, a attendu sa sentence chez lui pendant deux ans.

Le procès Magnotta n’aura lieu qu’à l’automne 2014. Deux ans après le crime. Imaginez le désarroi des parents de Lin Jun. Aux États-Unis, en Angleterre, l’affaire aurait été réglée en quelques mois. Mais il y a pire: même après un procès, il peut encore y avoir des délais. J’ai connaissance d’un pédophile qui, une fois trouvé coupable, a attendu sa sentence chez lui pendant deux ans.

Une avocate de la Direction des poursuites criminelles et pénales du Québec m’a confirmé que de tels cas existaient bel et bien. «Il n’y a pas assez de procureurs. De salles d’audiences, de juges. De personnel de soutien. De places en prison.» Bref, d’argent.

Le budget du ministère de la Justice du Québec s’apparente à celui du ministère de la Culture: environ 700 millions $. Est-ce suffisant?

Au Québec, il manque encore 100 procureurs de la Couronne, m’a confirmé l’ancien ministre de la Justice, Me Marc Bellemare.

De plus en plus lourd

Pendant ce temps, les méthodes d’enquête modernes, ADN, internet, cellulaires, etc., génèrent une preuve de plus en plus considérable. Qui prend plus de temps à être analysée. Et qui offre à la défense plus d’occasions de contestation, créant encore plus de délais. Chez certains avocats de la défense, retarder les procès est devenu un sport qu’ils pratiquent avec fierté, Charte des droits et libertés à la main. «C’est notre game», me disait l’un d’entre eux, en riant.

Les statistiques le prouvent: c’est au Québec que la justice est la plus lente. Et qu’on acquitte le plus souvent. En prime, une fois condamné, le prisonnier d’un établissement provincial est souvent libéré au sixième de sa peine. Un programme aboli au fédéral.

La loi C-10 des conservateurs qui impose des peines minimales de prison pour une quarantaine de crimes, dont les agressions sexuelles sur des enfants, aura aussi pour effet que plus de prévenus vont plaider non-coupable, pour ne pas être automatiquement incarcérés. Ce qui mettra encore plus de pression sur le système.

Volonté populaire

Rendre la justice plus sévère, ce que souhaitent trois Québécois sur quatre, selon un sondage du Journal de Montréal en 2011, exige aussi plus de prisons. Or, il y a peu d’appétit ici pour la construction de pénitenciers.

«N’incarcérons pas, mais réhabilitons», disent les Québécois. «C’est utopique», m’a dit Me Bellemare, rappelant que le Québec a essayé cette méthode avec les patients psychiatriques. Si réhabiliter s’avère plus efficace en prison, cela coûte plus cher. Dans les établissements provinciaux, ou les sentences sont de deux ans ou moins, il n’existe plus de programmes de réhabilitation. Sauf au centre de Percé pour délinquants sexuels.

La croisade de Me Bellemare et d’Isabelle Gaston pour les droits des victimes se heurte, elle aussi, au manque de ressources. Des poursuites sont abandonnées. On fait des ententes en secret. On tolère l’intolérable.

Les Québécois sont exaspérés. On a vu cette semaine ce qui peut arriver quand justice semble niée: un fêlé a décidé de punir lui-même un paumé qui déféquait fréquemment dans un parc.

Ce proverbe, tiré d’un livre appelé Maximes des pères, écrit il y a 2000 ans, prouve que le problème n’est pas nouveau:

«L’épée dévaste la communauté lorsqu’un procès est indûment ajourné ou lorsqu’il y a déni de justice...»

Avons-nous les moyens de ne pas avoir les moyens?

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