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Hystérie alimentaire

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Incontestablement, se nourrir est devenu très compliqué. De nos jours, les alertes alimentaires se succèdent les unes après les autres, toujours plus inquiétantes pour notre santé. Comme si manger était réellement un danger, à une seule lettre près.

Incontestablement, se nourrir est devenu très compliqué. De nos jours, les alertes alimentaires se succèdent les unes après les autres, toujours plus inquiétantes pour notre santé. Comme si manger était réellement un danger, à une seule lettre près.

Il me semble que, dans ma jeunesse, il n’y avait pas tant de contraintes et d’interdits de consommation. De tout mon primaire, je ne me souviens pas d’un seul avis d’allergie alimentaire placardé à l’entrée des classes. Même constat d’insouciance au secondaire.

Et, prodigieusement, la plupart de mes ex-collègues de classe sont toujours en vie, voire même bien portants. Ils ont donc traversé les années en vivant dangereusement sans le savoir.

Part d’excès

Aujourd’hui, aussitôt que quelqu’un, dans un groupe quelconque, présente des symptômes d’allergie, on bannit complètement ledit produit. On avise l’ensemble des individus impliqués en mettant en place des moyens de prévention immédiats et sévères. Je ne dis pas que ces mesures sont toujours inutiles ou exagérées, mais, au nombre faramineux de cas supposés, il y a certes une part d’excès, voire de zèle, qui relève davantage de la paranoïa. Une démesure qui évoquerait également notre propension à vouloir aseptiser notre marmaille, notre obsession à vouloir protéger leur environnement. Un genre de Truman Show à chaque seconde.

En 2013, on peut trouver des ciseaux, des couteaux et des «X-Acto» dans nos institutions, mais plus aucune arachide, ni dans les avions et encore moins à la garderie du village. Ouf, nous sommes sauvés!

Grippe aviaire, grippe porcine, vache folle, maladie du hamburger, listériose, salmonellose, tant de termes qui riment avec psychose.

Tiens, cette année, en Europe, on a trouvé de la viande de cheval dans des lasagnes supposées être faites de bœuf. Résultat immédiat là-bas: dégoût généralisé. Imaginez ce que ce sera le jour où l’on annoncera avoir découvert des traces de viande dans les saucisses à hot-dog?

Et que dire du gluten? Même le commun des mortels ne sait pas trop ce que c’est au juste. Or, voilà qu’il s’agit de la pire des calamités. Exit partout.

Et, pendant qu’on y est: le sel fait durcir les artères, le thé favorise l’anémie, le café est un excitant oxydant qui s’attaque à la prostate, les sucres raffinés sont dangereux, les gras saturés sont proscrits et favorisent l’obésité, les œufs contiennent du mauvais cholestérol, le lait cru est suspect, les agents de conservation et les colorants artificiels sont à bannir, le poulet est bourré d’antibiotiques et les bananes émettent des ondes électromagnétiques.

Crottes de nez

Au même moment, un professeur de biochimie universitaire nous apprend que manger ses crottes de nez serait bon pour la santé. J’ai vraiment lu cette info. Cela renforcerait le système immunitaire. Voilà peut-être pourquoi les lumières rouges ont été inventées...

Quand je regarde les reportages culinaires en provenance du Moyen-Orient, où les plats à partager s’échangent d’un convive à l’autre, pigeant ici, pigeant là, avec pour seul ustensile les doigts, et que ces pratiques ne s’accompagnent d’aucune hausse significative d’allergie ou d’intoxication alimentaire, je me dis que le problème est peut-être aussi ailleurs.

Notre société aurait-elle peur d’avoir peur? Nos angoisses hygiéniques sont telles qu’elles rendent désormais impossible un rapport simple à la nourriture.

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