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Une épicerie fleur de lys

Dominic Maurais

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Pauline Marois nous demande de «venir souper» et de manger QUÉBÉCOIS.

Pauline Marois nous demande de «venir souper» et de manger QUÉBÉCOIS.

À défaut de pouvoir obtenir la souveraineté politique ou économique, le PQ aspire à la souveraineté du manger.

Sur ce point, convenons que le PQ ne veut ici que respecter une promesse électorale.

En septembre dernier, à Trois-Rivières, Pauline Marois avait déclaré que «la politique de souveraineté alimentaire du Parti québécois aurait pour principal objectif de faire passer de 33 % à 50 % la proportion des aliments du Québec que nous consommons».

Dans une réaction empreinte de naïveté et de vœux pieux, Marois avait lancé que «les aliments sont plus frais, ils requièrent moins d’agents de conservation et d’emballage...»

Libre choix

Le sociologue suisse Pierre Weiss résume clairement le cul-de-sac de l’achat local vers lequel veulent nous amener les péquistes.

«Primo, étant moins productive, l’agriculture de proximité a besoin de plus de terres. Secundo, les gaz à effet de serre ne sont que marginalement provoqués par le transport des biens alimentaires. Tertio, les ménages paient au prix davantage que pour un produit de même qualité issu de terres plus appropriées. Pire : cette ponction sur leur pouvoir d’achat réduit d’autant leur capacité à acquérir d’autres biens; ce faisant, ils sont responsables du chômage d’autres travailleurs. Quarto, les échanges agricoles répartissent les risques d’aléas climatiques.»

L’été, rien au monde ne bat le goût des fraises de l’île d’Orléans. Elles sont sucrées et rouge vif.

Une chaîne d’alimentation va les offrir naturellement à ses clients parce que ces derniers l’exigent.

Comment un gouvernement peut-il concrètement «inciter» une chaîne privée à «favoriser» un producteur québécois plutôt qu’un autre d’ailleurs? Avec des crédits de taxes ou d’impôts? En imposant des barrières commerciales?

Le consommateur a toujours raison, sait ce qu’il aime et ce qu’il désire, et il sait aussi calculer.

L’an dernier, le panier d’épicerie a augmenté davantage que l’inflation.

Avec son simplisme consommé et ses théories romantiques nationalistes, le PQ fait carrément fi de la théorie des avantages comparés.

Chaque moment de l’année favorise une région donnée pour un type de production donné; parfois, c’est au tour des tomates du Mexique, de la fraise de la Californie, des bleuets du Chili, etc.

Poussons ça à la limite du ridicule: devrait-on, pour accomplir ce grand rêve d’autonomie alimentaire, faire pousser des bananes ou des kiwis dans des serres à Val-Bélair, quitte à payer nos fruits 22 dollars le kilo pour l’amour du Québec?

Néfaste pour l'environnement

Et côté environnemental, est-ce que c’est plus sensé de faire pousser, par exemple, une tomate ici plutôt qu’au Mexique?

Selon le géographe de l’Université de Toronto, Pierre Desrochers, «l’argument selon lequel une plus grande production locale réduit les émissions de gaz à effet de serre (GES) ne tient pas non plus la route. Les segments liés à la production (ensemencement, récolte, entreposage, transformation, etc.) ont un impact beaucoup plus important sur ce plan que le transport sur de longues distances».

«Produire autant que possible dans les zones les plus appropriées permet donc, malgré de plus grandes distances parcourues, de réduire bien davantage les GES que l’agriculture de proximité», écrivait-il, dans une analyse.

Le PQ veut toucher notre cœur en passant par notre estomac et en contournant notre cerveau.

Il est faux de croire qu’on peut attraper un électeur par son ventre.

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