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J’ai constaté, il y a de cela quelques années, que la meilleure façon de prendre le pouls d’une population est de monter en taxi. Vous donnez votre destination, le conducteur enregistre, et là, de l’aéroport jusqu’à votre hôtel, commence le vrai voyage.

J’ai constaté, il y a de cela quelques années, que la meilleure façon de prendre le pouls d’une population est de monter en taxi. Vous donnez votre destination, le conducteur enregistre, et là, de l’aéroport jusqu’à votre hôtel, commence le vrai voyage.

Vous saurez tout, tout, tout, sans jamais en avoir demandé autant. Tiens, récemment, à Paris, j’arrive à Charles de Gaulle, je monte dans le taxi et balance ma question le plus simplement du monde, et nous voilà partis :

- Et puis, comment vont les affaires en France?

- Ahhhhhh! vous ne me dites pas, monsieur. Que de gestion merdique, ce gouvernement. C’est le bordel.

- Vraiment?

- Pire encore. Ça fait trente-sept ans que je vis ici, mon cher monsieur. J’en ai vu passer des politiques. Ils promettent tous des merveilles, mais plus les années passent et plus ça se dégrade. C’est lamentable! Les gens gueulent, le système est paralysé. Pour tout et pour rien. Sans compter que l’Europe est en train de nous couler...

- C’est pire depuis l’arrivée de Hollande?

- Certainement pas mieux, mais au moins avec Sarco, y avait Carla. Beaucoup de classe Carla quand même, non?

- Je vois, oui. Mais vous, vous n’en avez plus pour longtemps. À votre âge, vous allez bientôt pouvoir souffler et en profiter.

- Profiter de quoi, monsieur?

- De votre retraite!

- Vous voulez rire. Même à mon âge, comme vous dites, il ne faut pas y compter. C’est désespérant, monsieur. Désespérant. Je bosse depuis 38 ans. Trente-huit ans à faire le taxi, jusqu’à douze heures par jour. À tirer le diable par la queue. Et ça me donne quoi au bout de la route? Que dalle! Voilà qu’il y a Hollande qui m’annonce que parce que l’espérance de vie a augmenté, je ne pourrai pas arrêter de travailler. On repousse ma retraite parce que le fonds de pension de l’État ne pourra suffire. Vous accepteriez cela, vous?

Je n’ai pas eu à répondre. Le taxi était devant mon hôtel.

Au Portugal

Le lendemain, je devais prendre un autre avion pour me rendre au Portugal. Le chauffeur de taxi qui m’a transporté de l’aéroport de Lisbonne jusqu’à mon hôtel au centre-ville parlait très bien le français.

- Puis, comment vont les affaires ici, lui demandais-je?

- Ne me le demandez pas monsieur, c’est la cata. On n’en fait plus d’affaires, ici. Les emplois sont de plus en plus rares. Ça prend des reins solides pour tenir en ce moment. Les taxes ne cessent de monter. Les impôts sont à des niveaux indécents, les dettes publiques astronomiques et le pays est au bord de la banqueroute.

- C’est beaucoup de pression sur les contribuables.

- C’est scandaleux, mon cher monsieur. Et qu’est-ce qu’on peut dire à nos jeunes? Qu’ils n’ont pas d’avenir, ici? Qu’ils doivent partir? Parce que c’est eux qui devront régler la facture, un jour. Et tout cela ne serait jamais arrivé si le gouvernement avait su prendre les décisions courageuses nécessaires. Mais non. Au lieu de cela, le Portugal songe maintenant à augmenter l’âge de la retraite. Dites-moi, cher monsieur, dites-moi franchement, accepteriez-vous de vivre un tel État de fait chez vous?

Jamais, lui dis-je, en quittant le taxi...

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